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Il imprimait ainsi, à la Cité des livres, une impulsion dont on se ressent encore. Sa mort assez soudaine fut un départ inattendu, rapidement exécuté, un bond stoïque de chrétien dans la mort. Il laisse le souvenir d’un grand bibliothécaire. Ma carrière se termina alors que ce sillage funèbre commençait à s’évanouir. Un peu plus d’un quart de siècle s’était écoulé, à l’ombre de ce palais, dont les murs reflétaient chaque jour ma silhouette de bonne volonté. La Bibliothèque accueillait alors à sa tête un écrivain de talent, d’une belle dignité silencieuse. Il avait signé un de ses romans historiques : les Opiniâtres. Son esprit y laissait échapper le secret de son caractère résolu. La Bibliothèque allait bénéficier, dans ses destinées futures, de ce vouloir intelligent qui s’imposait sans l’intransigeance des mots et des gestes.

Pré-carrière, carrière, sous-carrière ou violon d’Ingres, tout cela constitue la chaîne de l’activité personnelle. Activité plus ou moins intense selon que les contingences humaines entravent ou facilitent la vie de chacun. Mais l’activité la plus intense n’est possible qu’en suscitant quelque beau dévouement intelligent qui en permette le libre jeu. Celui d’une sœur, d’une femme aimée, d’une mère, qui auront veillé, sans souci de gloire propre, autour du tâcheron intellectuel, chercheur de silence, oublieux de ce pain quotidien qui renouvelle l’énergie, et, par répercussion, les forces vives de l’âme.

Marie-Claire DAVELUY