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Les aventures de Perrine et de Charlot

sacrifice, la foule murmure et s’agite. Seul le respect l’empêche de s’exclamer. Pour un peu elle se précipiterait aux pieds de la sainte ursuline et baiserait le bas de sa robe.

Le port est atteint en quelques minutes. Le clair soleil du matin danse sur les courtes vagues de la mer. Un vent frais frappe les voyageurs au visage et rose subitement leur teint pâli par l’émotion. Des chaloupes attendent pour conduire les passagers au navire en rade. Charlot, sentant le dernier moment venu, se jette dans les bras de la bonne hôtesse. Il se presse contre elle, se fait tout petit. Maternellement, les bras de sa protectrice se referment sur lui. Deux fois Julien les avertit qu’il faut se hâter. Ce n’est qu’à la voix douce de Mme de la Peltrie que Charlot se détache enfin de ce suprême embrassement. Julien saisit l’enfant dans ses bras, le descend dans la chaloupe, et, appuyant la petite tête sur son épaule, dit : « Pleure tout ton saoul, petiot, tu seras mieux ensuite. »

Mais le courageux Charlot se ressaisit dès que la chaloupe commence à s’éloigner. Il se lève et sa main mignonne s’agite vers la rive aussi longtemps qu’il le peut.

Une demi-heure plus tard le navire étend ses voiles, lève l’ancre, et Charlot, entre Julien et Madame de la Peltrie qui l’a pris contre elle en souriant, voit une seconde fois disparaître Dieppe, ce coin de France, où il laisse une partie de sa petite âme affectueuse et reconnaissante.



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