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Les aventures de Perrine et de Charlot
(Puis fouillant encore dans la malle.)

Cousine, regardez, la serge grise de Fécamp que je donnerai à Julien. Oh !… tout près le pistolet pour M. Olivier. Tiens, le polichinelle que j’offre au petit Jacques Bourdon. Oh ! je vois là…


la bonne hôtesse, arrêtant ses mains qui de nouveau plongent dans le colis.

Tu n’as oublié personne. Je vois cela. Mais écoute, petit, l’heure avance. Nous faisons cet après-midi notre dernière visite au port. Demain, il y aura beaucoup de préparatifs à faire, tu le sais bien. Va mettre tes vêtements de sortie. J’ai déjà les miens, vois ?


charlot

J’y vais, j’y vais.

(Se retournant, il voit la bonne hôtesse qui le suit du regard, ses yeux de nouveau pleins de larmes.)

Cousine, cousine, vous pleurez sans cesse, pourquoi ne vous décidez-vous pas à venir avec moi, là-bas ? On vous aimera tant. Vous ne saurez jamais combien. Et moi,

(soupirant d’aise.)
plus rien ne manquera à mon bonheur.

la bonne hôtesse, le pressant contre elle et hochant la tête.

Hélas ! petit, à mon âge, on ne s’acclimate nulle part. Les glaces du Canada font peur à mes soixante ans. J’aurai du chagrin, beaucoup de chagrin de ton départ, mais en songeant à tout ce qui t’arrivera d’heureux là-bas, je me consolerai. Tu m’écriras fidèlement tous les ans. Je ferai de même. Et puis, qui sait, dans treize ans, à ton majorat, tu seras sans doute forcé de revenir en France. Tu ne deviendras pas un héritier indépendant et titré, sans qu’il t’en coûte quelques