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Les aventures de Perrine et de Charlot

la figure du Français et tatouer son corps que…

Charlot pousse un cri. Le tatouage ! Toujours il avait craint plus que tout au monde, ces dessins bizarres dont les sauvages aiment à s’orner la peau.

À l’exclamation de l’enfant les sauvages se taisent. Ils se soulèvent et cherchent à orienter la voix. Tout est devenu silencieux. Il croit alors à un rêve que ferait l’un d’entre eux. Ils s’étirent encore quelque temps puis tous deux se mettent à ronfler à l’égal de leurs compagnons.

Le lendemain, Charlot, bien pâle, hélas ! après une nuit d’insomnie, est appelé sous la tente du sagamo. Il apprend que tel est bien son sort : suivre son maître jusqu’au grand pays de France, et se transformer, sans plus tarder, au moyen de diverses préparations qu’on lui indique, en vrai petit Huron. Une promesse solennelle qu’il ne cherchera pas à s’enfuir est exigée de lui… Le tomahawk brille dans la main du sagamo. Charlot baisse la tête. Un instant la grande détresse qui étreint son âme, le pousse à la résistance. Mais il songe à Perrine qu’il ne reverrait plus, le couteau du Huron l’ayant couché mort. Il accepte, à condition qu’on ne tatouera pas son corps, qu’on le ramènera bien vite au retour du voyage, qu’on… Le sagamo rit, promet tout, se frotte les mains, joyeux et triomphant.

Le séjour à Miscou est de courte durée. On écarte Charlot avec soin du voisinage des jésuites ou de tout autre de ses compatriotes. Et trop tôt, à son gré, le pauvre petit en compagnie de « Iouantchou, » de trois autres sagamos, de deux jeunes Hurons s’embarque pour la France.



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