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Les aventures de Perrine et de Charlot

Deux soldats et deux Hurons, postés de distance en distance dans les bois, indiquent aux coureurs la route à suivre.

Quel silence se fait au milieu de l’assemblée ! Silence qui devient de minute en minute plus impressionnant. « Que se passe-t-il ? » se demandent anxieusement les spectateurs. On fouille les bois du regard. Au bout d’une heure on est haletant. Plus que quelques secondes et le vainqueur débouchera du rond-point d’épinette, en face.

Soudain, les sauvages s’agitent et commencent à chuchoter. Leurs oreilles, très fines, perçoivent les pas des coureurs.

Enfin ! Un cri est jeté : « les voilà ! » Des bravos, des sifflements, des trépignements couvrent aussitôt cette voix. Tous sont debout. Ah !… Thomas Godefroy de Normanville apparaît à la sortie du bois.

Normanville est le vainqueur ! Ô joie ! ô triomphe, pour les Français !… Voilà qu’à la bravoure incontestée qu’ils possèdent, que leurs ennemis louent, ils joignent désormais l’agilité et la rapidité à la course, qualités dont le monopole appartenait jusqu’ici aux sauvages.

« Honneur, honneur à Godefroy de Normanville, » s’exclame-t-on de toute parts ! Les sauvages hurlent, se lamentent, exprimant de cette façon leur désappointement.

À pas plus mesurés, Normanville s’avance vers la tente des gouverneurs. Jacques Hertel se précipite et jette sur les épaules du coureur un manteau fastueux. Il est en fine serge de laine blanche de Fécamp, bordé d’un galon de soie pourpre. Il s’ajuste, se colle au corps souple du jeune homme. Son éclat dramatise les filets de sang qui rayent son front et ses joues. Les broussailles de la forêt n’ont pas épargné le vain-