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Page:Daudet - La Belle-Nivernaise, 1886.djvu/87

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Il portait la ceinture rouge et la vareuse bouffante autour des reins.

Quand le père Louveau lui abandonnait la barre, Clara, qui se faisait grande fille, venait tricoter à côté de lui, éprise de sa figure calme et de ses mouvements robustes.

Cette fois-là, la route de Corbigny à Paris avait été rude.

Grossie par les pluies d’automne, la Seine avait fait tomber les barrages, et se ruait vers la mer comme une bête échappée.

Les mariniers inquiets hâtaient leurs livraisons, car le fleuve roulait déjà au ras des quais, et les dépêches, envoyées d’heure en heure par les postes d’éclusiers, annonçaient de mauvaises nouvelles.

On disait que les affluents rompaient leurs digues, inondaient la campagne, et la crue montait, montait.

Les quais étaient envahis par une foule affairée, grouillement d’hommes, de charrettes et de chevaux ; au-dessus les grues à vapeur manœuvraient leur grand bras.

La Halle aux vins était déjà déblayée.

Des camions emportaient des caisses de sucre.

Les loueurs quittaient leurs cabines ; les quais se vidaient ; et la file des charrois, gravissant la pente des rampes, fuyait la crue comme une armée en marche.