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Page:Daudet - La Belle-Nivernaise, 1886.djvu/196

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jambes croisées, envahi lui-même par l’atmosphère de paresse qui flottait dans la chaleur du clos avec une vague odeur de banane et d’orange cuites.

Tout à coup, voilà une grosse figue qui tombe de l’arbre et vient s’aplatir sur la joue de l’enfant. Belle figue, par Allah ! rose, sucrée, parfumée comme un rayon de miel. Pour la faire entrer dans sa bouche, l’enfant n’avait qu’à la pousser du doigt ; mais il trouvait cela encore trop fatigant, et il restait ainsi, sans bouger, avec ce fruit qui lui embaumait la joue. À la fin, la tentation devint trop forte ; il cligna de l’œil vers son père et l’appela d’une voix dolente :

« Papa, dit-il, papa… mets-la-moi dans la bouche… »

À ces mots, Sidi-Lakdar qui tenait une figue à la main la rejeta bien loin, et s’adressant au père avec colère :

« Et voilà l’enfant que tu viens m’offrir pour apprenti !