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Page:Daudet - La Belle-Nivernaise, 1886.djvu/151

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blanc, entouré de grands rideaux de percale qui mettent tout autour un isolement de demi-jour et de paix.

Il voudrait bien se soulever sur l’oreiller, les écarter un peu pour voir où il est ; mais, bien qu’il se sente délicieusement reposé, il n’en a pas la force, et il attend.

Mais des voix chuchotent autour de lui.

On dirait, sur le plancher, un bruit de pieds marchant sur la pointe, et même un clabaudement connu : quelque chose comme la promenade d’un manche à balai sur des planches.

Victor a déjà entendu cela autrefois.

Où donc ?

Eh ! sur le tillac de la Belle-Nivernaise.

C’est cela ! C’est bien cela !

Et le malade, réunissant toute sa force, d’une voix faible, qu’il croit bien grosse :

— Ohé ! L’Équipage ! ohé ! »

Les rideaux se tirent, et, dans un éblouissement de lumière, il aperçoit tous les êtres chéris qu’il a tant appelés dans son délire.

Tous ! Oui, tous !

Ils sont tous là, Clara, Maugendre, le père Louveau, la mère Louveau, Mimile, la petite sœur, et le vieux héron ébouillanté, maigre comme sa gaffe, qui sourit démesurément de son rire silencieux.