Page:Daubié - L'émancipation de la femme, 1871.pdf/43

Cette page a été validée par deux contributeurs.
44
L’ÉMANCIPATION DE LA FEMME

nes ; si elles étaient des héroïnes, elles auraient probablement moins besoin des efforts que nous faisons maintenant pour elles ; mais l’héroïsme leur manque, et nous savons parfaitement qu’il y beaucoup de choses que les femmes feraient si elles en avaient le courage et qu’elles ne font pas. Qui donc les retient ? Je pense trouver la réponse dans l’objection même. On nous parle de femmes obligées de déployer une énergie extraordinaire pour apprendre un gagne-pain honnête. Quoi donc ? Nous ne regardons pas comme un héros un homme qui aspire à devenir négociant ou docteur ; pourquoi formerions-nous un jugement différent à l’égard d’une femme ? Naturellement la réponse est très-évidente ; toutefois il n’y a pas de lois prohibitives dans les cas cités, mais c’est l’opinion publique qui repousse la femme ; l’opinion publique qui prononce qu’il lui sied mal de s’engager dans quelque occupation en dehors d’un certain rang de conventions étroites. Nous désirons éloigner ces obstacles de la voie des femmes ; nous voulons dompter cette opinion publique et en établir une meilleure sous laquelle non seulement quelques héroïnes isolées, mais les femmes d’une capacité ordinaire et d’un caractère commun ne puissent être détournées par qui que ce soit d’employer leurs facultés dans n’importe quelle voie et quelle carrière elles trouveront plus utile au public et plus profitable et satisfaisante pour elles-mêmes. C’est, il me semble, une justification suffisante de notre présence dans cette assemblée, car nous pensons que le meilleur moyen d’atteindre à ce but c’est d’étendre les droits politiques de la femme ; reconnaissons une bonne fois que les femmes ont des devoirs publics et privés envers l’État ; qu’elles ont à l’égard de la société des dettes comme à l’égard de leurs familles et d’elles-mêmes ; que la vie leur est ouverte pour leur bonheur comme elle l’est aux hommes ; admettons complétement cette vérité, et un changement radical dans toute leur éducation et tout leur genre de vie en résultera. Nous produirons ainsi les conditions dans lesquelles seules il est possible d’expérimenter loyalement la capacité des femmes pour la vie com-