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grande race domestique, le premier n’avait que 79 millimètres de longueur, et le second 107 millimètres[1]. La forme du crâne constitue une des distinctions les plus remarquables des diverses races humaines ; le crâne, en effet, est allongé chez les unes, arrondi chez les autres ; on peut même leur appliquer en partie ce que nous a suggéré l’exemple des lapins, car Welcker affirme que les hommes de petite stature « penchent vers la brachycéphalie, et ceux de haute taille vers la dolichocéphalie[2] » ; on peut donc comparer ces derniers aux lapins à corps gros et allongé, qui ont tous le crâne allongé ou qui, en d’autres termes, sont dolichocéphales.

Ces différents faits nous permettent, jusqu’à un certain point, de saisir les causes qui ont amené les grandes dimensions et la forme plus ou moins arrondie du crâne ; caractères qui constituent une différence si considérable entre l’homme et les animaux.

La nudité de la peau de l’homme constitue une autre différence remarquable. Les baleines et les dauphins (Cétacés), les dugongs (Sirenia) et l’hippopotame sont nus ; ce qui peut leur être utile pour glisser facilement dans le milieu aquatique où ils sont appelés à se mouvoir, sans qu’il y ait toutefois chez eux déperdition de chaleur, car les espèces habitant les régions froides sont protégées par un épais revêtement de graisse, qui remplit le même but que la fourrure des phoques et des loutres. Les éléphants et les rhinocéros sont presque nus ; or, comme certaines espèces éteintes, qui vivaient autrefois sous un climat arctique, étaient alors recouverts d’une longue laine ou de poils épais, on pourrait presque affirmer que les espèces actuelles appartenant aux deux genres ont perdu leur revêtement pileux sous l’influence de la chaleur. Ceci paraît d’autant plus probable que les éléphants qui, dans l’Inde, habitent des districts élevés et froids sont plus velus[3] que ceux des plaines inférieures. Pouvons-nous en conclure que l’homme a perdu son revêtement pileux parce qu’il a primitivement habité un pays tropical ? Le fait que le sexe mâle a conservé des poils, principalement sur la face et sur la poitrine, et les deux sexes aux jonctions des quatre membres avec le tronc, appuierait cette assertion, en admettant que le poil ait disparu avant que l’homme ait acquis la position verticale ; car ce sont les parties qui ont conservé le plus de poils qui étaient le mieux abritées contre l’action directe du soleil. Le sommet de la tête présente toutefois une curieuse

  1. De la variation, etc., vol. I, p. 112, sur l’allongement du crâne ; p. 114, sur la chute d’une oreille.
  2. Cité par Schaaffhausen, Anthropological Review, p. 419, octobre 1868.
  3. Owen, Anatomy of Vertebrates, vol. III, p. 619.