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ques Hybolates peuvent, sans qu’on le leur ait appris, marcher ou courir debout avec une assez grande rapidité ; toutefois leurs mouvements sont gauches et n’ont pas la sûreté de ceux de l’homme. Nous trouvons donc, en somme, diverses gradations chez les singes vivants, entre le mode de locomotion qui est strictement celui du quadrupède, et celui du bipède ou de l’homme ; or, comme le fait remarquer un juge compétent[1] qui n’est animé par aucun esprit de parti, la conformation des singes anthropomorphes se rapproche plus du type bipède que du type quadrupède.

À mesure que les ancêtres de l’homme se sont de plus en plus redressés, à mesure que leurs mains et leurs bras se modifiaient de plus en plus en vue de la préhension et d’autres usages, tandis que leurs pieds et leurs jambes se modifiaient en même temps pour le soutien et la locomotion, une foule d’autres modifications de conformation sont devenues nécessaires. Le bassin a dû s’élargir, l’épine dorsale se courber d’une manière spéciale, la tête se fixer dans une autre position, changements qui se sont tous effectués chez l’homme. Le professeur Schaafhausen[2] soutient que « les énormes apophyses mastoïdes du crâne humain sont un effet de son attitude verticale ; » elles n’existent ni chez l’orang, ni chez le chimpanzé, etc., et sont plus petites chez le gorille que chez l’homme. Nous pourrions signaler ici diverses autres conformations qui paraissent se rapporter à l’attitude verticale de l’homme. Il est difficile de déterminer jusqu’à quel point toutes ces modifications corrélatives ont pour cause la sélection naturelle, et quels peuvent avoir été les résultats des effets héréditaires de l’accroissement d’usage de quelques parties, ou de leur action réciproque les unes sur les autres, il n’est pas douteux que ces causes de changement n’agissent et ne réagissent les unes sur les autres. Ainsi, lorsque certains muscles et les arêtes osseuses auxquelles ils sont attachés s’accroissent par suite d’un usage habituel, cela prouve qu’ils jouent un rôle utile qui favorise les individus où ils sont le plus développés, et que ces derniers tendent à survivre en plus grand nombre.

L’usage libre des bras et des mains, en partie la cause et en partie le résultat de l’altitude verticale de l’homme, paraît avoir déterminé indirectement d’autres modifications de structure. Les ancêtres primitifs mâles de l’homme étaient probablement, comme

  1. Broca, La constitution des vertèbres caudales. (Revue d’anthropologie, 1872, p. 26).
  2. Sur la forme primitive du crâne, traduit dans Anthropological Review, octobre 1868, p. 428. Owen (Anatomy of Vertebrates, vol. II, p. 551, 1866), sur les apophyses mastoïdes chez les singes supérieurs.