Page:Darwin - La Descendance de l’homme, 1881.djvu/692

Cette page a été validée par deux contributeurs.


velle-Zélande : « Il n’y a pas de femmes pour un homme velu. » Tous ceux qui ont vu les photographies de la famille siamoise velue, reconnaîtront que l’extrême développement du poil est comiquement hideux. Aussi le roi de Siam eut-il à payer un homme pour qu’il consentît à épouser la première femme velue de la famille, laquelle transmit ce caractère à ses enfants des deux sexes[1].

Quelques races sont beaucoup plus velues que d’autres, surtout les hommes ; ainsi les Européens ; mais il n’est pas à supposer que ces races aient conservé leur état primordial plus complètement que les races nues des Kalmucks ou des Américains. Il est probable que le développement du poil, chez les premiers, est dû à une réversion partielle, les caractères qui ont été longtemps héréditaires étant toujours aptes à reparaître. Nous avons vu que les idiots sont souvent très-velus, et que souvent aussi ils affectent d’autres caractères qui les rapprochent de la brute. Il ne paraît pas qu’un climat froid ait exercé quelque influence sur cette réapparition, sauf peut-être chez les nègres, depuis plusieurs générations, aux États-Unis[2], et chez les Aïnos qui habitent les îles septentrionales de l’archipel du Japon. Mais les lois de l’hérédité sont si complexes que nous pouvons bien rarement nous rendre compte de leur action. Si la plus grande villosité de certaines races est le résultat d’une réversion non limitée par quelque forme de sélection, la variabilité considérable de ce caractère, même dans les limites d’une même race, cesse d’être remarquable[3].

En ce qui concerne la barbe, les Quadrumanes, nos meilleurs guides, nous fournissent des cas de barbes également bien déve-

  1. La Variation, etc., II.
  2. Investigations into Military and Anthropological Statistics of American soldiers, de B. A. Gould, p. 568, 1869. — Un grand nombre d’observations faites avec soin sur la pilosité de 2, 129 soldats noirs et de couleur pendant le bain, donnent ce résultat, « qu’au premier coup d’œil il y a fort peu de différence, si même il y en a une, entre les races noires et les races blanches sous ce rapport. » Il est cependant certain que, dans leur pays natal de l’Afrique, beaucoup plus chaud, les nègres ont le corps remarquablement glabre. Il faut d’ailleurs faire attention que les noirs purs et les mulâtres sont compris dans cette énumération. Ce mélange constitue une circonstance fâcheuse, en ce que, d’après le principe dont j’ai ailleurs démontré la vérité, les races croisées seraient éminemment sujettes à faire retour au caractère primitivement velu de leurs ancêtres originels demi-simiens.
  3. Je pourrais à peine citer une opinion exprimée dans cet ouvrage, qui ait rencontré autant de défaveur que la présente explication sur la perte des poils chez l’homme, grâce à l’action de la sélection sexuelle ; mais aucun des arguments qu’on m’oppose ne me semble avoir beaucoup de poids si l’on réfléchit aux faits qui tendent à prouver que la nudité de la peau est, jusqu’à un certain point, un caractère sexuel secondaire chez l’homme et chez quelques-uns des quadrumanes. Voir Spengel, Die Fortschritte des Darwinism, 1874, p. 80.