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circonférence de la poitrine, de la taille et des hanches est moindre chez les matelots que chez les soldats.

On ne sait si ces diverses modifications deviendraient héréditaires, au cas où plusieurs générations continueraient le même genre de vie, mais cela est probable. Rengger[1] attribue la minceur des jambes et la grosseur des bras des Indiens Payaguas au fait que plusieurs générations successives ont passé la presque totalité de leur vie dans des canots, sans presque jamais se servir de leurs membres inférieurs. Certains auteurs adoptent une conclusion semblable pour d’autres cas analogues. Cranz[2], qui a vécu longtemps chez les Esquimaux, nous dit que « les indigènes admettent que le talent et la dextérité à la pèche du phoque (art dans lequel ils excellent) sont héréditaires ; il y a réellement là quelque chose de vrai, car le fils d’un pécheur célèbre se distingue ordinairement, même quand il a perdu son père pendant son enfance. » Mais, dans ce cas, c’est autant l’aptitude mentale que la conformation du corps qui paraît être héréditaire. On assure qu’à leur naissance les mains des enfants des ouvriers sont, en Angleterre, plus grandes que celles des enfants des classes aisées[3]. C’est peut-être à la corrélation qui existe, au moins dans quelques cas[4], entre le développement des extrémités et celui des mâchoires qu’on doit attribuer les petites dimensions de ces dernières dans les classes aisées, qui ne soumettent leurs mains et leurs pieds qu’à un faible travail. Il est certain que les mâchoires sont généralement plus petites chez les hommes à position aisée et chez les peuples civilisés que chez les ouvriers et chez les sauvages. Mais, chez ces derniers, ainsi que le fait remarquer M. Herbert Spencer[5], l’usage plus considérable des mâchoires, nécessité par la mastication d’aliments grossiers et à l’état cru, doit influer directement sur le développement des muscles masticateurs, et sur celui des os auxquels ceux-ci s’attachent. Chez les enfants, déjà longtemps avant la naissance, l’épiderme de la plante des pieds est plus épais que sur toutes les autres parties du corps[6], fait qui, à n’en pas douter, est dû aux effets héréditaires d’une pression exercée pendant une longue série de générations.

Chacun sait que les horlogers et les graveurs sont sujets à deve-

  1. Säugethiere von Paraguay, 1830, p. 4.
  2. History of Greenland (trad. angl.), 1767, vol. I, p. 230.
  3. Alex. Walker, Intermarriage, 1838, p. 377.
  4. Variations, etc., I, p. 173.
  5. Principles of Biology, I, p. 455.
  6. Paget, Lectures on Surgical Pathology, vol. II. 1853, p. 209.