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élevés[1]. Cet ensemble considérable d’observations a prouvé que certaines influences agissent directement sur la stature ; on peut en conclure, en outre, que « l’État où la croissance physique s’est accomplie en majeure partie, et celui où a eu lieu la naissance, indiquant la famille, semblent exercer une influence marquée sur la taille ». Ainsi, on a établi que « la résidence dans les États de l’Ouest, pendant les années de la croissance, tend à augmenter la stature ». Il est, d’autre part, certain que, chez les matelots, le genre de vie ralentit la croissance, ainsi qu’on peut le constater « par la grande différence qui existe entre la taille des soldats et celle des matelots à l’âge de dix-sept à dix-huit ans ». M. B.-A. Gould a cherché à déterminer le genre d’influences qui agissent ainsi sur la stature, sans arriver à autre chose qu’à des résultats négatifs, à savoir, que ces influences ne se rattachent ni au climat, ni à l’élévation du pays ou du sol, ni même, en aucun degré appréciable, à l’abondance ou au défaut des conforts de la vie. Cette dernière conclusion est directement contraire à celle que Villermé a déduite de l’étude de la statistique de la taille des conscrits dans les diverses parties de la France. Lorsque l’on compare les différences qui, sous ce rapport, existent entre les chefs polynésiens et les classes inférieures de ces mêmes îles, ou entre les habitants des îles volcaniques fertiles et ceux des îles coraliennes basses et stériles du même océan[2], ou encore entre les Fuégiens habitant la côte orientale et la côte occidentale du pays, où les moyens de subsistance sont très différents, il n’est guère possible d’échapper à la condition qu’une meilleure nourriture et plus de bien-être influent sur la taille. Mais les faits qui précèdent prouvent combien il est difficile d’arriver à un résultat précis. Le Dr Beddoe a récemment démontré que, chez les habitants de l’Angleterre, la résidence dans les villes, jointe à certaines occupations, exerce une influence nuisible sur la taille, et il ajoute que le caractère ainsi acquis est jusqu’à un certain point héréditaire ; il en est de même aux États-Unis. Le même auteur admet, en outre, que partout où une race « atteint son maximum de développement physique, elle s’élève au plus haut degré d’énergie et de vigueur morale[3]. »

On ne sait si les conditions extérieures exercent sur l’homme d’autres effets directs. On pourrait s’attendre à ce que des différences

  1. B.-A. Gould, Investigations, etc., pp. 93, 107, 126, 131, 134.
  2. Pour les Polynésiens, Prichard, Physical History of Mankind, vol. v, 1847, pp. 145, 283 ; Godron, De l’Espèce, vol. II, p. 289. Il y a aussi une différence remarquable dans l’aspect des Hindous de parenté voisine, habitant le Gange supérieur et le Bengale. Elphinstone, History of India, vol. I, p. 324.
  3. Memoirs of the Anthropological Soc., vol. III, 1867-69, pp. 561, 565, 567.