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sa crinière, n’eut le cou et la tête que peu endommagés ; mais le tigre ayant enfin réussi à lui ouvrir le ventre, le lion expira au bout de quelques minutes[1]. » La large collerette qui entoure la gorge et le menton du lynx du Canada (Felis canadensis), est plus longue chez le mâle que chez la femelle, mais je ne sais pas si elle peut lui servir comme moyen de défense. On sait que les phoques mâles se livrent des combats acharnés, et les mâles de certaines espèces (Otaria jubata)[2] ont de fortes crinières, qui sont fort réduites ou qui n’existent pas chez les femelles. Le babouin mâle du cap de Bonne-Espérance (Cynocephalus porcarius) a une crinière plus longue et des dents canines plus fortes que la femelle ; or, cette crinière doit servir de moyen de défense : j’avais demandé aux gardiens des Zoological Gardens, sans dire pourquoi, s’il y avait des singes ayant l’habitude de s’attaquer spécialement par la nuque : ce n’était le cas pour aucun, le babouin en question excepté. Ehrenberg compare la crinière de l’Hamadryas mâle adulte à celle d’un jeune lion, mais elle fait presque entièrement défaut chez les jeunes des deux sexes et chez la femelle.

Je croyais que l’énorme crinière laineuse du bison américain, qui touche presque le sol et qui est beaucoup plus développée chez le mâle que chez la femelle, devait servir à protéger l’animal dans ses terribles combats : un chasseur expérimenté a dit à Judge Caton qu’il n’avait jamais rien observé qui confirmât cette opinion. L’étalon a une crinière beaucoup plus longue et beaucoup plus fournie que la jument ; or, les renseignements que m’ont fournis deux grands éleveurs et dresseurs, m’ont prouvé « que les étalons cherchent invariablement à se saisir par le cou. » Il ne résulte cependant pas de ce qui précède que la crinière se soit, dans l’origine, développée comme moyen de défense ; ceci n’est probable que pour quelques animaux, et ainsi le lion. M. Mc Neill m’apprend que les longs poils que porte au cou le cerf (Cervus elephas) constituent pour lui une véritable protection : c’est à la gorge que les chiens cherchent ordinairement à le saisir ; il n’est cependant pas probable que ces poils se soient spécialement développés dans ce but, car les jeunes et les femelles partageraient ce moyen de défense.


Sur la préférence ou le choix dans l’accouplement dont font preuve les mammifères des deux sexes. — Avant de décrire, ce que nous fe-

  1. The Times, Nov. 10, 1857. Sur le lynx du Canada, voy. Audubon et Bachman, Quadrupeds of N. America, p. 139, 1846.
  2. Docteur Murie, sur l’Otoria, Proc. Zool. Soc., p. 109, 1869. M. J. A. Allen, dans le travail cité ci-dessus (p. 75), doute que la garniture de poils, plus longue sur le cou chez le mâle que chez la femelle, mérite d’être appelée une crinière.