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chef, qui ne cherchait que l’occasion de prendre sa revanche, en sortit, et, en quelques instants, tua son adversaire. Il rejoignit ensuite tranquillement le troupeau, sur lequel il régna sans contestation pendant fort longtemps. L’amiral sir B. J. Sullivan m’a dit que, lorsqu’il résidait aux îles Falkland, il y avait importé un jeune étalon anglais, qui vivait avec huit juments sur les collines voisines de Port William. Deux étalons sauvages, ayant chacun une petite troupe de juments, se trouvaient sur ces collines ; « il est certain que ces étalons ne se seraient jamais rencontrés sans se battre. Tous deux avaient, chacun de son côté, essayé d’attaquer le cheval anglais et d’emmener ses juments, mais sans réussir. Un jour, ils arrivèrent ensemble pour l’attaquer. Le capitan à la garde duquel les chevaux étaient confiés, se rendit aussitôt sur les lieux et trouva un des étalons aux prises avec l’anglais, tandis que l’autre cherchait à emmener les juments, et il avait déjà réussi à en détourner quatre. Le capitan arrangea l’affaire en chassant toute la bande dans un corral, car les étalons sauvages ne voulaient pas abandonner les juments. »

Les animaux mâles déjà pourvus de dents capables de couper ou de déchirer pour les usages ordinaires de la vie, comme les carnivores, les insectivores et les rongeurs, sont rarement munis d’armes spécialement adaptées en vue de la lutte avec leurs rivaux, Il en est autrement chez les mâles de beaucoup d’autres animaux. C’est ce que prouvent les cornes des cerfs et de certaines espèces d’antilopes dont les femelles sont désarmées. Chez beaucoup d’animaux, les canines de la mâchoire supérieure ou de la mâchoire inférieure, ou même des deux mâchoires, sont beaucoup plus grandes chez les mâles que chez les femelles, ou manquent chez ces dernières, à un rudiment caché près. Certaines antilopes, le cerf musqué, le chameau, le cheval, le sanglier, divers singes, les phoques et le morse offrent des exemples de ces différents cas. Les défenses font quelquefois entièrement défaut chez les morses femelles[1]. Chez l’éléphant indien mâle et chez le dugong mâle[2], les incisives supérieures constituent des armes offensives. Chez le narval mâle, une seule des dents supérieures se développe et forme la pièce bien connue sous le nom de corne, qui est tordue en spirale et atteint quelquefois de neuf â dix pieds de longueur. On croit que les mâles se servent de

  1. M. Lamont (Seasons with the Sea-Horses, p. 143, 1861) dit qu’une bonne défense d’un morse pèse quatre livres, et est plus longue que celle de la femelle qui en pèse environ trois. Les mâles se livrent de furieux combats. Sur l’absence occasionnelle de défenses chez la femelle, voir R. Brown, Proc. Zool. Soc., 1868, p. 429.
  2. Owen, Anat. of Vert., III, p. 283.