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de certaines espèces. Dans toute la famille des porcs (Suidés) et chez quelques autres animaux qui en sont assez éloignés, tels que le tapir, les jeunes sont marqués de bandes longitudinales foncées ; mais nous nous trouvons là en présence d’un caractère qui doit, selon toute apparence, provenir de quelque ancêtre éteint, et qui ne se conserve plus que chez les jeunes. Dans tous les cas que nous venons de citer la coloration des adultes s’est modifiée dans le cours des temps, les jeunes ont cependant peu changé, et cela en vertu du principe de l’hérédité aux âges correspondants.

Ce même principe s’applique à beaucoup d’oiseaux appartenant à divers groupes : les jeunes se ressemblent beaucoup, tout en différant considérablement de leurs parents adultes respectifs. Les jeunes, chez presque tous les gallinacés et chez certaines espèces ayant avec eux une parenté éloignée, comme les autruches, portent des stries longitudinales alors qu’ils sont encore couverts de duvet ; mais ce caractère rappelle un état de choses assez reculé pour que nous n’ayons pas à nous en occuper. Les jeunes becs croisés (Loxia) ont d’abord le bec droit comme les autres pinsons, et leur jeune plumage strié ressemble à celui de la linotte adulte et du tarin femelle, ainsi qu’à celui des jeunes chardonnerets, des verdiers et de quelques autres espèces voisines. Les jeunes de plusieurs espèces de bruants (Emberiza) se ressemblent beaucoup, et ressemblent aussi aux adultes de l’espèce commune (E. miliaria). Dans presque tout le groupe des grives, les jeunes ont la poitrine tachetée, — caractère que beaucoup d’espèces conservent pendant toute leur vie, — tandis que d’autres, comme le Turdus migratorius, le perdent entièrement. Plusieurs grives ont les plumes du dos pommelées avant la première mue, caractère permanent chez certaines espèces orientales. Les jeunes de beaucoup d’espèces de pies-grièches (Lanius), de quelques pics et d’un pigeon indien (Chalcophaps indicus), portent à la surface inférieure du corps des stries transversales, marques qu’on retrouve chez certaines espèces et chez quelques genres voisins à l’état adulte. Chez quelques coucous indiens alliés très-brillants (Chrysococcyx), on ne peut distinguer les jeunes les uns des autres, bien que les espèces adultes diffèrent considérablement entre elles au point de vue de la coloration. Les jeunes d’une oie indienne (Sarkidiornis melanonotus) ressemblent de près, au point de vue du plumage, aux individus adultes d’un genre voisin, celui des Dendrocygna[1]. Nous citerons

  1. Pour les grives, laniers et pics, voir Blyth, dans Charlesworth, Mag. of Nat. Hist., vol. I, 1837, p. 304 ; et dans une note de sa traduction du Règne animal de Cuvier, p. 159. Je donne d’après M. Blyth le cas du Loxia. Voir Audu-