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faut-il chercher l’explication de ces phénomènes dans le fait que les animaux, qui possèdent ce même sens à un état très-développé, comme les chiens et les chevaux, semblent compter beaucoup sur l’odorat pour raviver le souvenir de lieux ou de personnes qu’ils ont connus autrefois.

L’homme diffère notablement par sa nudité de tous les autres primates. Quelques poils courts se rencontrent çà et là sur la plus grande partie du corps de l’homme, et un duvet plus fin sur le corps de la femme. Les différentes races humaines diffèrent considérablement à ce point de vue. Chez les individus appartenant à une même race, les poils varient beaucoup, non-seulement par leur abondance, mais par leur position ; ainsi, chez certains Européens, les épaules sont entièrement nues, tandis que, chez d’autres, elles portent d’épaisses touffes de poils[1]. On ne peut guère douter que les poils ainsi éparpillés sur le corps ne soient les rudiments du revêtement pileux uniforme des animaux. Le fait que les poils courts, fins, peu colorés des membres et des autres parties du corps, se transforment parfois « en poils longs, serrés, grossiers et foncés, » lorsqu’ils sont soumis à une nutrition anormale grâce à leur situation dans la proximité de surfaces qui sont, depuis longtemps, le siège d’une inflammation, confirme cette hypothèse dans une certaine mesure[2].

Sir James Paget a remarqué que plusieurs membres d’une même famille ont souvent quelques poils des sourcils plus longs que les autres, particularité bien légère qui paraît, cependant, être héréditaire. On observe des poils analogues chez certains animaux ; ainsi, on remarque, chez le chimpanzé et chez certaines espèces de macaques, quelques poils redressés, très longs, plantés droit au-dessus des yeux, et correspondant à nos sourcils ; on a observé des poils semblables très longs dépassant les poils qui recouvrent les arcades sourcilières chez quelques babouins.

Le fin duvet laineux, dit lanugo, dont le fœtus humain est entièrement recouvert au sixième mois, présente un cas plus curieux. Au cinquième mois, ce duvet se développe sur les sourcils et sur la face, surtout autour de la bouche, où il est beaucoup plus long que sur la tête. Eschricht[3] a observé une moustache de ce genre chez un fœtus femelle, circonstance moins étonnante qu’elle ne le

  1. Eschricht, Ueber die Richtung der Haare am menschlichen Körper, Muller’s Archiv für Anat. und Phys., 1837, p. 47. J’aurai souvent à renvoyer à ce curieux travail.
  2. Paget, Lectures on Surgical Pathology, 1853, t. I, p. 71.
  3. Eschricht, l. c., pp. 40, 47.