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Ainsi, il introduisit dans sa volière un bruant des roseaux (Emberiza schœniculus), qui venait de revêtir les plumes noires de sa tête ; aucun des oiseaux ne fit attention au nouveau venu, excepté un bouvreuil, qui a aussi la tête noire. Ce bouvreuil, d’ailleurs très-paisible, ne s’était jamais querellé avec aucun de ses compagnons, y compris un autre bruant de la même espèce, mais qui n’avait pas encore revêtu les plumes noires de sa tête ; toutefois, il maltraita tellement le dernier venu, qu’il fallut l’enlever. Le Spiza cyanea affecte, pendant la saison de l’accouplement, une brillante couleur bleue ; un oiseau de cette espèce, très-paisible d’ordinaire, se jeta cependant sur un S. ciris, qui a la tête bleue et le scalpa complètement. M. Weir fut aussi obligé de retirer de sa volière un rouge-gorge, qui attaquait avec furie tous les oiseaux portant du rouge dans leur plumage, mais ceux-là seulement ; il tua, en effet, un bec-croisé, à poitrail rouge, et blessa grièvement un chardonneret. D’autre part, il a observé que, lorsque certains oiseaux sont introduits pour la première fois dans la volière, ils se dirigent vers les espèces dont la couleur ressemble le plus à la leur, et s’établissent à leurs côtés.

Les oiseaux mâles prennent beaucoup de peine pour étaler devant les femelles leur beau plumage et leurs autres ornements ; on peut en conclure que les femelles savent apprécier la beauté de leurs prétendants. Mais il est évidemment très-difficile de déterminer preuves en mains quelle est leur aptitude à cet égard. On a souvent observé que les oiseaux, placés devant un miroir, s’examinent avec une profonde attention, que certains observateurs attribuent à la jalousie, car l’oiseau peut se croire en face d’un rival, que d’autres, au contraire, attribuent à une sorte d’admiration intime. Dans d’autres cas, il est difficile de déterminer quel sentiment l’emporte : la simple curiosité ou l’admiration. Lord Lilford[1] croit pouvoir affirmer que les objets brillants éveillent si puissamment la curiosité du tringa que, dans les îles Ioniennes, « sans se préoccuper des coups de fusil, il se précipite sur un mouchoir à vives couleurs. » Un petit miroir, qu’on fait tourner et briller au soleil, exerce une telle attraction sur l’alouette commune qu’elle vient se faire prendre en nombre considérable. Est-ce l’admiration ou la curiosité qui pousse la pie, le corbeau et quelques autres oiseaux à voler et à cacher des objets brillants, tels que l’argenterie et les bijoux ?

M. Gould assure que certains oiseaux-mouches décorent avec un goût exquis l’extérieur de leurs nids ; « ils y attachent instinctive-

  1. The Ibis, vol. II, 1860, p. 344.