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mâles ressemblent en tous points à celles des femelles adultes ; nous avons déjà fait remarquer qu’on observe le même fait dans le genre Callionymus. On peut rigoureusement comparer les différences sexuelles de ce genre à celles qui se présentent si fréquemment chez les Gallinacés[1].

Le Plecostomus barbatus[2] (fig. 31), mâle, poisson siluroïde habitant les eaux douces de l’Amérique méridionale, a la bouche et l’inter-operculum frangés d’une barbe de poils roides, dont la femelle est presque complètement dépourvue. Ces poils ont une nature écailleuse. Chez une autre espèce du même genre, des tentacules mous et flexibles s’élèvent sur la partie frontale de la tête chez le mâle, et ne se trouvent pas chez la femelle. Ces tentacules, simples prolongements de la peau même, ne sont donc pas homologues aux poils rigides de l’espèce précédente ; on ne peut guère douter cependant que leur usage, dont il est difficile de conjecturer la nature, ne soit d’ailleurs le même chez les deux espèces. Il n’est guère probable que ces appendices constituent un ornement ; d’un autre côté, nous ne pouvons supposer que des poils rigides et des filaments flexibles puissent être utiles aux mâles seuls dans les conditions ordinaires de l’existence. Le Chimæra monstrosa, monstre absolument étrange, porte au sommet de la tête un os crochu dirigé en avant, et dont l’extrémité arrondie est couverte de piquants acérés ; on ignore absolument quel usage le mâle peut faire de cette couronne « qui fait défaut chez la femelle[3] ».

Les conformations dont nous venons de parler existent à l’état permanent chez le mâle devenu adulte ; mais, chez certains Blennies et dans un autre genre voisin[4], une crête se développe sur la tête du mâle seulement pendant la saison du frai ; en même temps le mâle revêt de plus vives couleurs. Cette crête constitue évidemment un ornement sexuel temporaire, car la femelle n’en offre pas la moindre trace. Chez d’autres espèces du même genre, les deux sexes possèdent une crête ; mais il est au moins une espèce où elle ne se trouve ni chez le mâle ni chez la femelle. Le professeur Agassiz affirme que beaucoup de Chromides mâles, le Geophagus mâle, par exemple, et surtout le Cichla[5], ont une protubérance très-apparente sur le devant de la tête, protubérance qui n’existe

  1. Docteur Günther, Cat. of Brit. Fishes, etc., vol. III, 1861, p. 141.
  2. Docteur Günther, Proc. of Zool. Soc., 1868, p. 232.
  3. F. Buckland, Land and Water, 1868, p. 377, avec figure. Nous pourrions citer une foule d’autres exemples de conformations particulières aux mâles dont l’usage est inconnu.
  4. Docteur Günther, Catalogue, etc., vol. III, p. 221 et 240.
  5. Prof. and Mme Agassiz, Journey in Brazil, 1868, p. 220.