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Donc, ces sept lots de cocons et d’œufs ont produit un excédant de mâles qui, pris dans leur ensemble, sont aux femelles dans le rapport de 122,7 à 100. Mais ces chiffres sont à peine assez importants pour être bien dignes de confiance.

En résumé, les diverses preuves qui précèdent, inclinant toutes dans la même direction, m’autorisent à conclure que, chez la plupart des espèces de Lépidoptères, le nombre des mâles à l’état d’adultes excède généralement celui des femelles, quelles que puissent être, d’ailleurs, leurs proportions à la sortie de l’œuf.

Je n’ai pu recueillir que fort peu de renseignements dignes de foi sur les autres ordres d’insectes. Chez le cerf-volant (Lucanus cervus), les mâles paraissent beaucoup plus nombreux que les femelles ; mais Cornelius a observé qu’en 1867, lors de l’apparition dans une partie de l’Allemagne d’un nombre inusité de ces coléoptères, les femelles étaient six fois plus abondantes que les mâles. Une espèce d’Élatérides passe pour avoir des mâles beaucoup plus nombreux que les femelles, « et on en trouve deux ou trois unis à une femelle[1] ; » il semble donc y avoir polyandrie. Chez le Siagonium (Staphylinides), où les mâles sont pourvus de cornes, « les femelles sont de beaucoup les plus nombreuses. » M. Janson a communiqué à la Société entomologique le fait que les femelles du Tomicus villosus, qui vit d’écorce, constituent un vrai fléau par leur abondance, tandis qu’on ne connaît presque pas les mâles, tant ils sont rares.

Dans d’autres ordres, par suite de causes inconnues, mais évidemment dans quelques cas, par suite d’une parthénogèse, les mâles de certaines espèces sont d’une rareté excessive ou n’ont pas encore été découverts, comme chez plusieurs Cynipidés[2]. Chez tous les Cynipidés gallicoles que connaît M. Walsh, les femelles sont quatre ou cinq fois plus nombreuses que les mâles ; il en est de même, à ce qu’il m’apprend, chez les Cécidomyiées (Diptères) qui produisent des galles. Il est quelques espèces de Porte-scies (Tenthrédines) que M. F. Smith a élevées par centaines de larves de toutes grandeurs sans obtenir un seul mâle ; d’autre part, Curtis[3] a trouvé, chez une autre espèce (Athalia) qu’il a élevée, une proportion de mâles égale à six fois celle des femelles, tandis qu’il en a été précisément l’inverse pour les insectes parfaits de la même espèce qu’il a recueillis dans les champs. Hermann Müller[4] a étudié tout particulièrement les abeilles ; il a recueilli un grand nombre d’individus appartenant à beaucoup d’espèces ; il en a élevé d’autres ; puis il a compté les individus appartenant à chaque sexe. Il a trouvé que, chez quelques espèces, le nombre des mâles excède de beaucoup celui des femelles ; chez d’autres espèces, c’est tout le contraire ; chez d’autres enfin, les individus des deux sexes sont en nombre à peu près

    nées précédentes dans lesquelles les femelles paraissent prédominer ; mais, la plupart des chiffres n’étant que des évaluations, je n’ai pu les relever en tableaux.

  1. Günther, Record of Zoological Literature, 1867, p. 260, sur l’Excès des Lucanes femelles, id., p. 250 ; sur les Mâles de Lucanus en Angleterre, Westwod, Mod. Class. of Insects, vol. I, p. 187, sur le Siagonium, ibid., p. 172.
  2. Walsh, American Entomologist, vol. I, 1869, p. 103 ; F. Smith, Record of Zoolog. Literature, 1867, p. 328.
  3. Farm Insects, pp. 45-46.
  4. Anwendung der Darwinschen Lehre ; Verh. d. n. V. Jahrg. XXIV.