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minime par suite de la grande division du travail. Il existe donc, chez les nations civilisées, une certaine tendance à l’accroissement numérique et à l’élévation du niveau de ceux qui sont intellectuellement les plus capables. Je n’entends pas affirmer par là que d’autres circonstances, telles que la multiplication des insouciants et des imprévoyants ne puissent contre-balancer cette tendance ; mais le talent doit aussi procurer quelques avantages à ces derniers.

On a soulevé de graves objections contre ces hypothèses ; on a soutenu, en effet, que les hommes les plus éminents qui aient jamais vécu n’ont pas laissé de descendants. M. Galton[1] dit à ce sujet : « Je regrette de ne pouvoir résoudre une question bien simple : les hommes et les femmes de génie sont-ils stériles, et jusqu’à quel point le sont-ils ? J’ai toutefois démontré que tel n’est point le cas pour les hommes éminents. » Les grands législateurs, les fondateurs de religions bienfaisantes, les grands philosophes et les grands savants contribuent bien davantage par leurs œuvres aux progrès de l’humanité, qu’ils ne le feraient en laissant après eux une nombreuse progéniture. Quant à la conformation physique, c’est la sélection des individus un peu mieux doués et l’élimination de ceux qui le sont un peu moins, et non la conservation d’anomalies rares et prononcées, qui détermine l’amélioration d’une espèce[2]. Il en est de même pour les facultés intellectuelles ; les hommes les plus capables, dans chaque rang de la société, réussissent mieux que ceux qui le sont moins, et, s’il n’y a pas d’autres obstacles, ils tendent, par conséquent, à augmenter en nombre. Lorsque, chez un peuple, le niveau intellectuel s’est élevé et que le nombre des hommes instruits a augmenté, on peut s’attendre, en vertu du principe de la déviation de la moyenne, ainsi que l’a démontré M. Galton, à voir apparaître, plus souvent qu’auparavant, des hommes au génie transcendant.

Quant aux qualités morales, il importe de constater qu’il se produit toujours, même chez les nations les plus civilisées, une certaine élimination des individus moins bien doués. On exécute les malfaiteurs ou on les emprisonne pendant de longues périodes, de façon qu’ils ne puissent transmettre facilement leurs vices. Les hypochondriaques et les aliénés sont enfermés ou se suicident. Les hommes querelleurs et emportés meurent fréquemment de mort violente ; ceux qui sont trop remuants pour s’adonner à des occupations suivies, — et ce reste de barbarie est un grand obstacle à

  1. Hereditary Genius, p. 330.
  2. Origine des espèces, p. 96.