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moyen de l’union des sens de tous. Les chasseurs savent, ainsi que le fait remarquer le Dr Jæger[1], combien il est difficile d’approcher d’animaux réunis en troupeau. Je crois que ni les chevaux sauvages, ni les bestiaux, ne font entendre un signal de danger ; mais l’attitude que prend le premier qui aperçoit l’ennemi avertit les autres. Les lapins frappent fortement le sol de leurs pattes postérieures comme signal d’un danger ; les moutons et les chamois font de même, mais avec les pieds de devant, et lancent en même temps un coup de sifflet. Beaucoup d’oiseaux et quelques mammifères placent des sentinelles, qu’on dit être généralement des femelles chez les phoques[2]. Le chef d’une troupe de singes en est la sentinelle, et pousse des cris pour indiquer, soit le danger, soit la sécurité[3]. Les animaux sociables se rendent une foule de petits services réciproques, les chevaux se mordillent et les vaches se lèchent mutuellement sur les points où ils éprouvent quelque démangeaison ; les singes se débarrassent les uns les autres de leurs parasites ; Brehm assure que, lorsqu’une bande de Cercopithecus griseo-viridis a traversé une fougère épineuse, chaque singe s’étend à tour de rôle sur une branche, et est aussitôt visité par un de ses camarades, qui examine avec soin sa fourrure et en extrait toutes les épines.

Les animaux se rendent encore des services plus importants : ainsi les loups et quelques autres bêtes féroces chassent par bandes et s’aident mutuellement pour attaquer leurs victimes. Les pélicans pêchent de concert. Les hamadryas soulèvent les pierres pour chercher des insectes, etc., et, quand ils en rencontrent une trop grosse, ils se mettent autour en aussi grand nombre que possible pour la soulever, la retournent et se partagent le butin. Les animaux sociables se défendent réciproquement. Les bisons mâles, dans l’Amérique du Nord, placent, au moment du danger, les femelles et les jeunes au milieu du troupeau, et les entourent pour les défendre. Je citerai, dans un chapitre subséquent, l’exemple de deux jeunes taureaux sauvages à Chillingham, qui se réunirent pour attaquer un vieux taureau, et de deux étalons cherchant ensemble à en chasser un troisième loin d’un troupeau de juments. Brehm rencontra, en Abyssinie, une grande troupe de babouins

  1. Die Darwin’sche Theorie, p. 101.
  2. M. R. Brown, Proceedings Zoolog. Soc., 1868, p. 409.
  3. Brehm, Thierleben, vol. I, 1864, pp. 52, 79. Pour le cas des singes qui se débarrassent mutuellement des épines, p. 54. Le fait des hamadryas qui retournent les pierres est donné (p. 79) sur l’autorité d’Alvarez, aux observations duquel Brehm croit qu’on peut avoir confiance. Voy. p. 79 pour les cas de vieux babouins attaquant les chiens, et pour l’aigle, p. 56.