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570 Récapitulation et conclusions.  


L’analogie me conduirait à faire un pas de plus, et je serais disposé à croire que tous les animaux et toutes plantes descendent d’un prototype unique ; mais l’analogie peut être un guide trompeur. Toutefois, toutes les formes de la vie ont beaucoup de caractères communs : la composition chimique, la structure cellulaire, les lois de croissance et la faculté qu’elles ont d’être affectées par certaines influences nuisibles. Cette susceptibilité se remarque jusque dans les faits les plus insignifiants ; ainsi, un même poison affecte souvent de la même manière les plantes et les animaux ; le poison sécrété par la mouche à galle détermine sur l’églantier ou sur le chêne des excroissances monstrueuses. La reproduction sexuelle semble être essentiellement semblable chez tous les êtres organisés, sauf peut-être chez quelques-uns des plus infimes. Chez tous, autant que nous le sachions actuellement, la vésicule germinative est la même ; de sorte que tous les êtres organisés ont une origine commune. Même si l’on considère les deux divisions principales du monde organique, c’est-à-dire le règne animal et le règne végétal, on remarque certaines formes inférieures, assez intermédiaires par leurs caractères, pour que les naturalistes soient en désaccord quant au règne auquel elles doivent être rattachées ; et, ainsi que l’a fait remarquer le professeur Asa Gray, « les spores et autres corps reproducteurs des algues inférieures peuvent se vanter d’avoir d’abord une existence animale caractérisée, à laquelle succède une existence incontestablement végétale. » Par conséquent, d’après le principe de la sélection naturelle avec divergence des caractères, il ne semble pas impossible que les animaux et les plantes aient pu se développer en partant de ces formes inférieures et intermédiaires ; or, si nous admettons ce point, nous devons admettre aussi que tous les êtres organisés qui vivent ou qui ont vécu sur la terre peuvent descendre d’une seule forme primordiale. Mais cette déduction étant surtout fondée sur l’analogie, il est indifférent qu’elle soit acceptée ou non. Il est sans doute possible, ainsi que le suppose M. G. H. Lewes, qu’aux premières origines de la vie plusieurs formes différentes aient pu surgir ; mais, s’il en est ainsi, nous pouvons conclure que très peu seulement ont laissé des descendants modifiés ; car, ainsi que je l’ai récemment fait remarquer à propos des membres de chaque grande classe, comme les