Page:Darwin - L’Origine des espèces (1906).djvu/247

Cette page a été validée par deux contributeurs.
  Longévité. 229

sélection naturelle « doit disposer son arbre généalogique » de façon à ce que tous les descendants aient une longévité plus grande que leurs ancêtres ! Notre critique ne saurait-il concevoir qu’une plante bisannuelle, ou une forme animale inférieure, pût pénétrer dans un climat froid et y périr chaque hiver ; et cependant, en raison d’avantages acquis par la sélection naturelle, survivre d’année en année par ses graines ou par ses œuf ? M. E. Ray Lankester a récemment discuté ce sujet, et il conclut, autant du moins que la complexité excessive de la question lui permet d’en juger, que la longévité est ordinairement en rapport avec le degré qu’occupe chaque espèce dans l’échelle de l’organisation, et aussi avec la somme de dépense qu’occasionnent tant la reproduction que l’activité générale. Or, ces conditions doivent probablement avoir été largement déterminées par la sélection naturelle.

On a conclu de ce que ni les plantes ni les animaux connus en Égypte n’ont éprouvé de changements depuis trois ou quatre mille ans, qu’il en est probablement de même pour tous ceux de toutes les parties du globe. Mais, ainsi que l’a remarqué M. G. H. Lewes, ce mode d’argumentation prouve trop, car les anciennes races domestiques figurées sur les monuments égyptiens, ou qui nous sont parvenues embaumées, ressemblent beaucoup aux races vivantes actuelles, et sont même identiques avec elles ; cependant tous les naturalistes admettent que ces races ont été produites par les modifications de leurs types primitifs. Les nombreux animaux qui ne se sont pas modifiés depuis le commencement de la période glaciaire, présenteraient un argument incomparablement plus fort, en ce qu’ils ont été exposés à de grands changements de climat et ont émigré à de grandes distances ; tandis que, autant que nous pouvons le savoir, les conditions d’existence sont aujourd’hui exactement les mêmes en Égypte qu’elles l’étaient il y a quelques milliers d’années. Le fait que peu ou point de modifications se sont produites depuis la période glaciaire aurait quelque valeur contre ceux qui croient à une loi innée et nécessaire de développement ; mais il est impuissant contre la doctrine de la sélection naturelle, ou de la persistance du plus apte, car celle-ci implique la conservation de toutes les variations et de toutes les différences individuelles