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ordinaires devant les femelles, simples spectatrices, qui finissent par choisir le compagnon le plus agréable. Ceux qui ont étudié avec soin les oiseaux en captivité savent que, eux aussi, sont très susceptibles de préférences et d’antipathies individuelles : ainsi, sir R. Heron a remarqué que toutes les femelles de sa volière aimaient particulièrement un certain paon panaché. Il n’est impossible d’entrer ici dans tous les détails qui seraient nécessaires ; mais, si l’homme réussit à donner en peu de temps l’élégance du port et la beauté du plumage à nos coqs Bantam, d’après le type idéal que nous concevons pour cette espèce, je ne vois pas pourquoi les oiseaux femelles ne pourraient pas obtenir un résultat semblable en choisissant, pendant des milliers de générations, les mâles qui leur paraissent les plus beaux, ou ceux dont la voix est la plus mélodieuse. On peut expliquer, en partie, par l’action de la sélection sexuelle quelques lois bien connues relatives au plumage des oiseaux mâles et femelles comparé au plumage des petits, par des variations se présentant à différents âges et transmises soit aux mâles seuls, soit aux deux sexes, à l’âge correspondant ; mais l’espace nous manque pour développer ce sujet.

Je crois donc que, toutes les fois que les mâles et les femelles d’un animal quel qu’il soit ont les mêmes habitudes générales d’existence, mais qu’ils diffèrent au point de vue de la conformation, de la couleur ou de l’ornementation, ces différences sont principalement dues à la sélection sexuelle ; c’est-à-dire que certains mâles ont eu, pendant une suite non interrompue de générations, quelques légers avantages sur d’autres mâles, provenant soit de leurs armes, soit de leurs moyens de défense, soit de leur beauté ou de leurs attraits, avantages qu’ils ont transmis exclusivement à leur postérité mâle. Je ne voudrais pas cependant attribuer à cette cause toutes les différences sexuelles ; nous voyons, en effet, chez nos animaux domestiques, se produire chez les mâles des particularités qui ne semblent pas avoir été augmentées par la sélection de l’homme. La touffe de poils sur le jabot du dindon sauvage ne saurait lui être d’aucun avantage, il est douteux même qu’elle puisse lui servir d’ornement aux yeux de la femelle ; si même cette touffe de poils avait apparu à l’état domestique, on l’aurait considérée comme une monstruosité.