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vous ſçaura de vôtre ingratitude, & s’il ne m’en ſçaura pas d’avantage de prendre le parti de M. de Crebillon dont je n’ay reçu d’autre ſervice qu’une Mercuriale aſſés aigre, mais je l’avoüe, très juſtement méritée. Avant de m’être procuré l’honneur de connoître M. de Voltaire, la mode de fronder tous ſes ouvrages établie dans tous les Caffés de Paris, la commodité d’y recueillir des épigrames pour en enrichir le texte d’une critique, la rage enfin d’être Auteur & de me faire imprimer me firent faire une lettre très platte, très ridicule & très ſifflable contre la Comédie de Nanine. Je ne ſais ſi j’avois un peu d’eſprit alors ; mais il eſt bien certain que je n’avois pas le ſens commun.

On accuſoit avec la derniere lâcheté M. de Voltaire d’attenter à la gloire de M. de Crebillon ; je crus faire ma Cour à celui-ci en lui portant ma critique de Nanine pour la lui faire approuver en qualité de Cenſeur, j’allai le lendemain pour en chercher l’approbation. M. de Crebillon n’y étoit pas, ou ne voulut pas y être : on me remit ma critique avec cette note au bas : ceci n’eſt qu’une critique très mal à propos & très injuſte de M. de Voltaire : la police n’en paſſe pas.

Un Auteur de dixhuit ans environ ne ſe rend pas à de pareilles leçons & piqué contre M. de Crebillon que j’accuſois de mauvais goût, je courus faire imprimer courageuſement ma lettre, elle eut comme vous jugez bien, à peu près le ſuccès qu’elle