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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/80

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plus de belles actions, & dire plus de belles choſes qu’il n’eſt probable qu’ils n’en feroient & qu’ils n’en diroient dans le court éspace de tems qu’ils occupent la ſcene. Sic nunc meliores erunt. Voilà comme les hommes en un mot doivent être peints au Théatre, deteriores vel meliores quam nunc ſunt, plus méchans ou plus vertueux qu’à leur ordinaire.

On me dira que dans ces piéces le crime eſt toujours puni & la Vertu toujours recompenſée. Je réponds que quand cela ſeroit, la plûpart des actions tragiques n’étant que de pures fables, des évenemens qu’on ſait être de l’invention du Poëte, ne font pas une grande impreſſion ſur les Spectateurs.

Il ne falloit pas dire ſur les Spectateurs, mais dire ſur moi, & ne pas conclure de vôtre inſenſibilité ſinguliere que tous les Spectateurs ſoient inſenſibles : vôtre allégation d’ailleurs eſt fauſſe. Les ſujets de nos Tragédies ſont ordinairement puiſés dans l’Hiſtoire, les Auteurs ſe font une loi de respecter les faits atteſtés, & loin que le Spectateur dans les circonſtances inventées s’amuſe à réflechir que ce ſont des fables, les larmes que l’Acteur lui arrache prouvent aſſés qu’il eſt frappé du tableau comme il le ſeroit de l’original. Vice ou vertu, qu’importe dites vous ; mais il importe beaucoup : il n’eſt pas du tout indifférent de faire triompher la Vertu ou de punir le Vice. J’avouë qu’un attachement trop rigoureux à cette regle auroit banni du Théatre des ſujets vraiment tragiques, tels que Britannicus, A-