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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/63

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ce qu’ils ne ſont pas des bêtes féroces qu’ils s’abſtiennent de le répandre. Ce qui auroit coûté la vie à un homme autrefois, ne lui coûte plus qu’un coup d’épée leger, lorſque le hazard du combat a dirigé aſſés heureuſement la main de ſon adverſaire pour qu’il ne ſoit pas mortel.

Si l’on a dejà ſecoué à moitié le joug de l’opinion, eſpérons que la raiſon achevera l’ouvrage, en fourniſſant aux gens d’un vrai courage des raiſons de ſe ſouſtraire à l’étourderie des faux braves.

Ne fermez point les yeux M. ſur les premiers efforts de nos Auteurs contre ce préjugé.

On a dejà fait une piéce intitulée le Point d’honneur, cette piéce eſt de Le Sage, elle jette un ſi grand ridicule ſur la fauſſe bravoure, que vous ne pourriez que ſouhaitter qu’on la repréſente plus ſouvent qu’on ne fait, ſi elle vous étoit plus connuë. Elle eſt traduite de l’Eſpagnol, nouvelle obſervation qui doit vous déſabuſer ſur les compte des Dramatiques. Vous n’ignorez pas que la Nation Eſpagnole eſt celle qui a le plus abuſé du point d’honneur & qui en a le plus outré les maximes. L’original eſt de Dom Franciſco de Roxas, il a pour titre en Eſpagnol non ay amigo para l’amigo, il n’y a point d’ami pour l’ami. M. Le Sage en a changé le titre parce que le point d’honneur eſt le mobile de toute l’intrigue.

Cette piéce ne paroit pas avoir eu un ſuccès bien complet, ſi l’on en juge par la né-