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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/60

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bablement elle ne le ſera gueres moins dans les ſiécles à venir ; il eſt très ſage de la faire aimer & de la nourrir par de grands applaudiſſemens. Le Quiétiſme Tolérant de la Penſilvanie ne convient point du tout à la France : on applaudit cependant moins à la bravoure du Cid qu’à la juſtice du coup qui punit un inſolent, vû que l’inſulte eſt faite à un vieilland hors d’état de ſe venger lui même.

On compatit avec raiſon au malheur d’un brave Cavalier puis que ce n’eſt point ſa vengeance perſonnelle qu’il a entrepriſe mais celle de ſon pere, & que cette vengeance toutte légitime qu’elle eſt, le rend malheureux, on déteſte la cruauté du point d’honneur qui lui a fait perdre ſa maitreſſe dont il eſt ſi digne & qu’il eſt ſur le point d’épouſer, & l’on eſt ravi que ſa valeur & ſa vertu lui méritent l’honneur de voir ſon Roi s’intéreſſer au ſuccès de ſon Amour, & qu’à force de belles actions, il juſtifie le penchant de Chimène pour le meurtrier de ſon pere : voilà ce qui intéreſſe & ce qu’on applaudit dans la piéce ; c’eſt parce que Rodrigue a toutes les vertus, qu’on lui pardonne une vengeance qu’il ne prend que malgré lui, & non pas parce qu’il a fait un beau coup d’épée, & que les François les aiment trop comme on préſume que vous le croiez. Remarquez auſſi M. que l’Auteur n’a pas oublié de mettre dans le bouche du Roi des vers très énergiques contre la fureur des duels, & que par cette ſage précaution, il