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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/49

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autant d’écus que de mauvaiſes qualités.

On voit bien que vous n’avez pas ſous les yeux les objets de vôtre critique, les livres vous manquent & ſurtout Moliére, vôtre mémoire ne vous dédomage pas de cette privation, vous n’auriez pas imaginé qu’il eſt des caracteres eſtimables qu’on n’oſe mettre ſur la ſcene tel que celui d’un homme droit, vertueux, ſimple & ſans galanterie qui ne fait point de belles phraſes, ou un ſage ſans préjugés qui aiant reçu un affront d’un ſpadaſſin, refuſe de s’aller faire égorger par l’offenſeur : qu’on épuiſe, ajoutez-vous, tout l’art du Théatre pour rendre ces perſonnages intéreſſans comme le Cid au peuple François, j’aurai tort ſi l’on réuſſit.

Pour détruire cette objection, il m’eſt facile de prouver que nos Auteurs n’ont pas eu la lâche complaiſance que vous dites & de le prouver par des faits.

Moliére a-t-il attendu que les ordonnances de Louis XIV. du Duc d’Orleans Regent & de Louis XV. impoſaſſent ſilence au zele indiſcret des Eccleſiaſtiques turbulents ou fanatiques pour attaquer l’hipocriſie des faux dévots dans ſon Tartuffe ? A-t-il attendu que les extravagances des Marquis de ſon tems ne fuſſent plus à la mode pour les tourner en ridicule ? A-t-il attendu qu’on ſe laſſât de flatter la vanité des Coquettes en partageant leur malignité & faiſant chorus de médiſance avec elles, pour faire le Miſantrope ? A-t-il attendu que nos Médecins fuſſent devenus ſavans, aimables, éloquens, dociles & prudens dans les