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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/26

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Ce reſpect habituel peut bien altérer les mœurs, en quelque façon, il peut porter dans l’ame une eſpece d’indifférence ſur le ſort de la Patrie. Les Citoyens alors ne s’occuperont que de choſes frivoles, parce que déchargés du fardeau des affaires, ils s’embaraſſeront peu du tour qu’elles prendront, ſûrs qu’allant bien ou mal, il n’en réſultera pour eux ni gloire, ni reproche.

Aſſez heureux pour n’avoir à s’occuper que de leurs affaires perſonnelles & de l’augmentation de leur fortune, tout ce qui n’y a pas un raport direct, leur devient comme étranger ; mais dites moi M. cette indifférence ſur le bien général n’eſt elle pas moins dangereuſe, que le zele indiscret & l’eſprit réformateur ? Ne vaut il pas mieux que les ſujets d’un Monarque bien aimé vivent dans une parfaite ſécurité, fruit de la confiance & du reſpect qu’ils ont pour ce Monarque, que s’ils éprouvoient l’inquiétude perpetuelle qu’on pourroit leur inſpirer ſur le ſort de la Patrie en tournant en ridicule les gens d’État, en leur ſuggérant l’impatience & le dépit de ne pouvoir donner leur avis au Conſeil, & le deſir indiscret de faire éclater inutilement leur aveugle & fougueux Patriotisme : ils ſeroient meilleurs Citoyens dans l’ame, mais l’État en ſeroit peut-être plus mal gouverné ſurtout ſi le Monarque trop complaiſant daignoit faire trop d’attention à leurs criailleries. On ne peut contenter tout le monde , Tot capita tot ſenſus, dit le Proverbe.