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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/24

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mens. Dans une Monarchie le peuple a dépoſé tous ſes droits dans les mains d’un ſeul, il lui a remis toute l’autorité néceſſaire pour la conduite des affaires, & ne lui a donné d’autre juge que ſa conſcience.

Le Prince n’eſt donc comptable à perſonne qu’à Dieu & aux loix, de ſes démarches. Les ſujets liés par le ſerment d’obeïſſance & de fidélité, ne pouvant porter d’avis ſur ſa conduite, dont ils ignorent le principe parce qu’ils ne ſont point au fait des affaires, qu’ils en ont perdu le fil , ne pourroient raiſonner qu’en aveugles, ils ne peuvent donc donner aucun avis ni faire aucun reproche. Le doute dans lequel ils ſont des motifs qui font agir leur Chef, doit les rendre très circonſpects quand ils veulent prendre part aux affaires, & ſi leur inquiétude les fait parler, ce ne doit jamais être qu’avec reſpect, elle doit les conduire aux pieds du Trône pour y faire des repréſentations & non pas des proteſtations ; autrement, c’eſt agir contre le ſerment d’obéïſſance & de fidélité ; c’eſt marquer de la défiance & du caprice, après avoir donné toute ſa confiance : c’eſt choquer en un mot le reſpect impoſé par les loix à tout l’État pour la perſonne ſacrée du Monarque. Voilà les motifs qui rendent l’éloquence dans une Monarchie moins vive, mais plus douce & plus inſinuante.

Dans une Démocratie au contraire un Citoyen eſt toujours inſtruit des motifs qui font agir les Chefs de l’État.