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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/233

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falloit des hommes & des Héros à une République : or Genêve eſt une République ; il eſt donc ſage de mettre ſouvent des Héros ſous les yeux de vos Concitoiens pour leur ſervir de modeles. Les Brutus, les Caton, les Ciceron, & tant d’autres peuvent bien, je crois, aſpirer à ce titre ? Quant aux Tyrans on n’en a beſoin nulle part : il ſuffit de les montrer ; & vous n’ignorez pas les motifs qui portent nos Auteurs à les produire ſur la ſcene : C’eſt pour en faire l’objet de l’exécration publique & quelque bien établi que ſoit à Genêve la haine de la Tyrannie, il n’en eſt pas moins ſage de juſtifier, de nourir & de fortifier cette haine par les tableaux des horreurs que les Tyrans ont ſû commettre.

Ce ne ſeroit point les devoirs des Rois qu’on vous propoſeroit d’étudier dans nos Piéces, ce ſeroient ceux de citoien : or les devoirs d’un Roi ſont ceux d’un bon citoien, le Zéle, l’attention, le courage, l’équité, le déſintéreſſement, l’amour de la Patrie ; voilà les devoirs d’un bon Roi, ceux d’un bon ſujet & d’un zelé Républicain. Ce ne ſeroit point dans la Comédie nos Marquis qu’on vous propoſeroit d’imiter, puis qu’on les joue, qu’on les tourne en ridicule, que leur fatuité eſt toujours punie, & qu’on les baſtonne même quelque fois : ſi ce ſont là des appas pour engager les gens à ſe faire Marquis à Genêve, il faut que les têtes y ſoient bien autrement tournées qu’ailleurs ; mais ſi l’on y penſe