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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/23

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bleſſe généreuſe appellée par ſa naiſſance, ſes priviléges & les vœux qu’elle en a faits, à la deffenſe de l’État. On a reconnu que la valeur dépendoit beaucoup de l’habitude & cette obſervation engage le Gouvernement a diſſimuler quelque fois les abus d’une qualité qui dans les occaſions où l’État doit l’employer ne peut jamais être excesſive.

Si le Gouvernement diſſimule certains abus parce qu’il en réſulte un avantage, les Auteurs doivent imiter ſa discrétion & ne pas trop appuyer ſur cet abus, & c’eſt à cet égard qu’on pourroit être de vôtre avis & reconnoitre que le Gouvernement à quelqu’influence ſur le ſpectacle.

Un Auteur Dramatique dans une Monarchie doit un reſpect aveugle aux volontés du Prince, comme le reſte des ſujets, il ne ſe permettra pas de traiter des affaires d’État ſur la ſcene, & ne fera parler ſes Acteurs qu’avec reſpect des perſonnes qui en ont l’adminiſtration, dans une Démocratie au contraire, on peut en tous tems & en tous lieux attaquer l’inconduite des Chefs du Gouvernement. Un Auteur zelé Patriote peut employer ſon art à inſtruire ſes Concitoyens de leur intérêt, & faire au Théatre ce qu’un autre feroit ſur la Tribune. L’éloquence plus vive & plus emportée dans une République, dit le Père Brumoy,[1] eſt plus douce & plus inſinuante dans une Monarchie ; cette différence réſulte de elle des Gouverne-

  1. Discours ſur la Comédie Grecque.