Ouvrir le menu principal

Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/229

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mes, l’ivrognerie habituelle des hommes vous paroiſſent moins dangereux pour les mœurs que la vûe d’un ſpectacle décent, où la Magiſtrature auroit eu l’attention d’établir la modeſtie, le reſpect & la décence, tant de la part des Acteurs que de celle des ſpectateurs.

Le goût du Vin, dites-vous, n’eſt pas un crime : la maxime eſt nouvelle. Je vous ai prouvé que le goût du ſpectacle n’en eſt pas un non plus. Vous prétendez que celui qui fait de mauvaiſes actions étant ivre couve à jeun de mauvais deſſeins. Celui qui tua Clitus dans l’ivreſſe, dites vous, fit mourir Phylotas de ſang froid : qu’eſt ce que cela prouve, ſi non qu’Alexandre à jeun ou dans l’ivreſſe étoit également méchant ; mais étoit il ivre quand il viſita & conſola ſi généreuſement la famille de Darius ? Etoit il ivre quand il traitoit Porus en Roi, qu’il mettoit la Couronne ſur le front d’Ariſtodême, & qu’il admiroit le déſintéreſſement de Diogène : croiez vous le vin capable de lui avoir inſpiré toutes ces belles actions, & ne voiez vous pas qu’Alexandre ne devint cruel, même de ſang froid, que lorsqu’il devint ivrogne : Comment oſez vous avancer que le vin fait rarement commettre des crimes ; c’eſt au contraire de toutes les paſſions celle qui en fait commettre le plus, tel qui de ſang froid auroit été retenu par la crainte & la réflexion, perd l’une & l’autre par l’ivreſſe & ſe livre à toute ſa fureur que le vin anime.

Citez M. les crimes que le ſpectacle a