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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/213

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langue & de la main ſur la ſcene, dans les beſoins d’un métier plus diſpendieux que lucratif, n’auront ils jamais de diſtractions utiles ? &c.

Ces ſoupçons que vôtre perfidie cherche à donner de nous au Public, ſont auſſi bien fondés que ceux que quelques idiots avoient conçus contre le caractere de M. de Crebillon. Ils s’étoient imaginé, dit-il, qu’un homme qui avoit pû traiter ſi énergignement le caractere d’Atrée devoit avoir l’ame auſſi noire que ſon Héros. Vous êtes paié M. pour ſentir combien ces gens avoient tort.

Un Peintre devient il un malhonnête homme, quand il exprime avec art toute la méchanceté d’un Caligula, dans les traits qu’il lui donne. Un Hiſtorien de Néron devient il un Monſtre pour ſavoir développer avec art tous les mouvemens ſecrets de l’ame de cet Empereur déteſtable ? Non ſans doute ; ce n’eſt donc que vôtre méchanceté propre qui peut vous porter à nous appliquer les vices que nous peignons le mieux qu’il nous eſt poſſible pour les faire abhorrer. Que penſeriez vous de la maladreſſe d’un filou qui commenceroit par montrer aux gens, de quelle maniere il s’y prendra pour les tromper ? Ne ſeroit ce pas les avertir d’être ſur leur gardes. Ce ſeroit pourtant là ce que nous ferions ſi nous emploions dans le commerce de la vie, l’adreſſe & la ſubtilité que vous remarquez en nous au Théatre. Vôtre méchanceté vous ôte la mémoire : vous venez de reprocher tout à l’heure aux Comédiens de paroître ce qu’ils ne ſont pas & de revetir un