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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/211

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on beaucoup de cas d’un mauvais Prédicateur, ou d’un Avocat imbécile ? Ne ſe moque-t-on pas d’un ignorant Médecin. Quand on ſiffle tous ces gens là, eſt-ce à leur profeſſion qu’on en veut ? Non ſans doute, c’eſt à la perſonne ſeule, c’eſt pour la punir de l’audace qu’elle a de vouloir tromper le Public, & lui faire paier des talens qu’elle n’a pas.

Ceux des Comédiens qui n’ont jamas été ſifflés ſont donc audeſſus de tout reproche ? Leur profeſſion n’a rien de honteux pour eux, puisqu’ils n’éprouvent point le désagrément qui l’avilit ſelon vous ; mais, allez vous dire, n’a-t-on jamais ſifflé des Acteurs qui ne le méritoient pas ? J’en conviens, donc leur profeſſion eſt flétriſſante par elle même, puisque quelque bien exercée qu’elle ſoit, elle les expoſe toujours à des ſifflets ignominieux : mauvaiſe concluſion. N’a t-on pas critiqué très injuſtement d’excellens Auteurs. Le mépris dont les habiles & les honnêtes gens paient des critiques injuſtes n’ajoute-t-il pas ſouvent à la gloire des Auteurs critiqués ? M.M. de Voltaire & de Crebillon perdront ils rien de leur réputation par les abſurdes critiques que vous venez de faire de leurs ouvrages ? Et quand une nuée de Corbeaux croaſſent en paſſant au-desſus d’un boccage, en écoute-t-on avec moins de plaiſir quand ils ſont loin, les chants mélodieux du Rosſignol. Ce charmant oiſeau en a-t il pour cela le goſier moins flexible & moins tendre ? En eſt il moins cher aux oreilles délicates qui l’écoutent. La Police en France, vient d’in-