Ouvrir le menu principal

Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/210

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
200
L. H. DANCOURT

c’eſt une abſurdité ridicule & vous allez le voir ; il faut avant vous laiſſer tout dire :

Qu’eſt ce la profeſſion de Comédien ? Un métier par lequel il ſe donne en repréſentation pour de l’argent, ſe ſoumet à l’ignominie & aux affronts qu’on achette le droit de lui faire, & met publiquement ſa perſonne en vente.

Qu’eſt ce qu’il y a de honteux à ſe donner en repréſentation pour de l’argent ? Penſez vous nous faire rougir de vos ſcrupules, pourquoi donc vous y donnez vous auſſi ? Car n’eſt ce pas pour être connu perſonnellement qu’un Auteur donne ſes ouvrages au Public ? N’eſt ce pas pour l’amuſer qu’il travaille, & qu’il met ſes productions au jour ? N’eſt ce pas pour gagner de l’argent qu’un Auteur, un Avocat, un Prédicateur même ſe produiſent au Public ? Chacun d’eux ne déſire-t-il pas d’en être connu plus qu’aucun de ſes concurrens ? Si ces motifs ne ſont pas ſcandaleux de vôtre part, pourquoi le ſeront-ils de la part des Comédiens ? Quelle eſt la profeſſion qui ne doit pas nourir celui qui l’exerce ? Quel mal y a-t il à gagner ſa vie aux yeux du Public plutôt que dans ſon apartement, ſur-tout quand on la gagne avec diſtinction, qu’on ſe fait chérir par ſes talens, & qu’on ſe rend recommandable par ſes mœurs ?

Qu’eſt ce que l’ignominie, quels ſont les affronts qu’on achette le droit de faire à un Comédien ? On le ſiffle quand il jouë mal : mais ne ſiffle-t-on pas les mauvais Auteurs, en ſont ils moins honnêtes gens pour cela ? Fait