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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/176

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L. H. DANCOURT

grand mal, & vous avez grand tort de mettre cet Article au rang des avantages qu’on peut tirer de la ſcene. À Paris comme à Genêve, il convient au Théatre de montrer le Vice dans toute ſa laideur, & c’eſt ce que font nos Auteurs, comme je vous l’ai prouvé. Mais ſi le ſpectacle empêche que les mauvaiſes mœurs ne dégénèrent en brigandage ; il eſt dès lors d’une utilité univerſelle, puisqu’il y a partout des gens de mauvaiſes mœurs. Indépendamment de ceux qui naiſſent dans le païs, la France, l’Italie, l’Allemagne en vomiſſent de tems en tems ſur les bords du Lac, il eſt donc eſſentiel à Genêve d’avoir un ſpectacle, puisque vous lui accordez une ſi grande vertu, que celle d’empêcher le progrès des mauvaiſes mœurs. Eſt ce que la nature du climat changeroit cet antidote en poiſon, & ferez vous concevoir à quelqu’un que ce qui peut arrêter les progrès des mauvaiſes mœurs d’un côté puiſſe en être le principe ailleurs.

De ces dernières réflexions il réſulte que vous êtes comme à l’ordinaire en contradiction avec vous même. Ici le ſpectacle eſt bon pour les bons, & mauvais pour les méchans, là il eſt dangereux pour les bons, & bon pour les méchans : les efforts que vous faites pour détruire cette contradiction ſont ſi vains, ils m’obligeroient à tant de redites, que je croirois faire tort au lecteur de ne pas lui laiſſer en appercevoir lui même la foiblesſe. La contradiction vous a frappé ; elle au-