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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/169

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on rit à ſon aiſe, qu’on penſe à mal faire : c’eſt quand on s’ennuie & qu’on n’a pas le moien de ſe déſennuir : quand on eſt trop pareſſeux pour trouver du plaiſir à faire bien, il eſt certain qu’on ſera toujours prêt à faire mal.

De la façon dont ſont les choſes, on ne peut élever des Théatres que dans les lieux où le nombre des gens riches ou tout au moins aiſés eſt aſſés conſidérable pour ſubvenir à leur entretien : or les gens aiſés ne ſont pas les oiſifs & les pareſſeux ; ce ſont au contraire ceux que leur travail met en état de faire la dépenſe du ſpectacle. Les Théatres ne ſont communément fréquentés que par des gens qui ſolidement occupés tout le jour, ont beſoin après leur travail d’un délaſſement honnête. Comme le nombre de ces gens là eſt beaucoup plus petit que celui des oiſifs & des paresſeux, il n’eſt pas étonnant que les Théatres ſoient plus rares que s’ils étoient fréquentés par ceux ci. Quelles fortunes ne feroient pas les Comédiens ſi les ſeuls fainéans (comme vous le dites) fréquentoient les ſpectacles ? Ils ſont par-tout en ſi grand nombre, que les ſalles ſeroient toujours pleines ; mais il s’en faut bien que ce plaiſir ſoit celui que ces gens là prennent ; il eſt trop délicat pour des goûts groſſiers & corrompus.

Le ſpectacle eſt ſi peu capable de faire des libertins & des fainéans ; il eſt ſi peu capable d’interrompre des occupations eſſentielles qu’il n’y a point de Directeur de Comédie qui ne ſe