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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/154

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voir donner aux beaux arts la moitié du tems qu’elles perdent à leur toilette, qu’une plume ou un pinceau feront tomber de leur mains la navette, & le ſac à l’ouvrage, je vous proteſte que nous aurons bientôt autant de femmes illuſtres que d’hommes & que nôtre ſexe n’aura pas à ſe négliger, s’il veut conſerver toujours la ſupériorité du nombre & des talens. Voulez vous juger combien les femmes réuſſiroient facilement dans les beaux arts ? Voyez les au Théatre : combien y a-t-il plus de grands Acteurs que de grandes Actrices ? Eſt-ce la peine d’en parler ? À côté d’un Baron, d’un Quinault, d’un du Fréne, d’un la Torillere, d’un Duchemin, d’un Poiſſon, d’un Armand, n’y a t-il pas des Chammeſlé, des le Couvreur, des Deſeines, des Desmares, des Silvia, des Dumenſil, des Gauſſin, des d’Angeville, des Cleron ? Oſeriez vous deviner qui des femmes ou des hommes a porté l’art de la Déclamation à un plus haut degré d’élévation, encore un coup rendons juſtice aux femmes & rougiſſons.

Vous accordez au Sexe, l’esprit, l’aptitude aux ſciences même, mais vous lui refuſez le génie, ce n’eſt qu’à la ſeule Sapho & à une autre que vous ne nommez pas que vous accordez ce feu qui embraſe l’ame, ce feu qui conſume & dévore, pour en refuſer la moindre étincelle à toutes les autres femmes. Quant aux hommes, vous les croiez très abondament pourvus de ce feu : Il faut que la