Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/14

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


les Acteurs d’un ſpedacle le plus contraire à la pudeur, & que Caton averti que ſa préſence gênoit le goût du peuple, quitta le Théatre pour n’être point ſpectateur de cette licence impudique qui étoit dégénérée en coutume. La deſcription d’un pareil ſpectacle n’avoit effectivement rien de magnifique aux yeux d’un Barbare vertueux, & c’eſt avec raiſon qu’il demandoit : ſi les Romains n’avoient ni femmes ni enfans.

Ces mêmes horreurs ſubſiſtant encore du tems de St. Chriſoſtome & de St. Cyprien, il n’eſt pas étonnant qu’ils aient fulminé contre les ſpectacles & que les Comédiens aient été en horreur aux gens ſages, aux Chrétiens, aux Péres de l’Égliſe ; mais ceux ci prouvant par l’énumération des indignités qui ſe commettoient au Théatre, la légitimité de leur Anathéme, n’ont rien prononcé contre un ſpectacle utile aux mœurs & conforme à la raiſon. Alcibiades fit jetter dans la mer le Comédien Eupolis en lui diſant : Tu me in ſcenâ ſæpe merſiſti, & ego te ſemel in mari. Alcibiades païa ce Comédien comme il le méritoit. L’impudence ne peut exciter que la honte & la colere dans le cœur d’un honnête homme, il n’eſt pas beſoin d’être un Saint ni même un Chrétien, pour penſer comme St. Chriſoſtome des ſpectacles de ſon tems. Tertullien, St. Cyprien, St Jerome, St. Chriſostome, St. Auguſtin ſe ſont tous élevés contre les ſpectacles avec un zele légitime. Le degré de corruption qui regnoit de leur tems