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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/119

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m’apportiez vôtre Libelle à M. d’Alembert, pour avoir un approbateur de plus. Que diriez vous de moy ſi pour toute reponſe à vôtre politeſſe & à une marque de confiance ſi flatteuſe, que diriez vous dis je ſi, comme je le penſe, je vous diſois bruſquement, franchement il eſt bon à mettre au cabinet ? Ma franchiſe vous ſembleroit elle de la grandeur d’ame ou de l’impertinence ? Je ſerois, j’en ſuis ſûr, à vos yeux un ſot, un brutal , un impoli mépriſable. Eh bien, M., tel eſt Alceſte aux yeux des gens ſenſés ; tel eſt le Miſantrope que Moliére a voulu faire & qu’il a fait. Ce n’eſt pas le vôtre à la vérité, il ſeroit encore plus odieux, s’il reſſembloit à Sigismond, comme vous le voudriez. Ce ne ſeroit plus un Miſantrope mais un ſage, s’il étoit inſenſible à tout ce qui le regarde perſonnellement, comme vous voudriez encore. Ce Public ne gagneroit pas au change ; il ne lui ſeroit pas plus avantageux de voir transformer Philinte, en hypocrite, en indifférent, en bavard, comme vous prétendez qu’il eſt : croiez moy M. diſpenſez vous d’enſeigner à Moliére comme on traite bien un caractere & comme on fait une bonne Comédie & ſouvenez vous de ce que vous avez dit vous même & que j’ay déjà cité que de petits Auteurs comme nous trouvent des fautes où les gens d’un vrai goût ne voient que des beautés.

Vous reprochez à Moliére que dans la vûe de faire rire aux dépens du Miſantrope, il lui fait quelque fois tenir des propos d’un goût tout con-