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homme eſt ſot & ridicule, on n’eſt pas autoriſé à le voler.

» Vous n’y étes pas M. le Juge. Jourdain non ſeulement eſt ridicule mais il eſt vicieux : c’eſt un homme vain, aveuglé par ſes richeſſes, à qui ſon amour libidineux fait ſouhaiter d’être Gentil-homme ou tout au moins d’en avoir les airs. Son orgueil & ſon libertinage méritent aſſurément d’être punis, & comme il eſt un ſot, ils le ſeroient bientôt, par une ſuite toute ſimple de ſa ſottiſe & de ſa prodigalité, ſi le bon ſens de ſa femme ne venoit à ſon ſecours. » Mais on dit, M. le Public, que vous prenez pour un honnête homme, cet Escroc de Gentilhomme qui le vole ſi indignement ? » Pour un honnête homme, M. le Juge, le Ciel m’en préſerve ! C’eſt un fripon du premier ordre, je le regarde comme tel ; mais je ſuis charmé que l’orgueil, la prodigalité, les penchants libertins d’un plat bourgeois l’expoſent au péril de tout perdre & que les autres bourgeois entêtés de nobleſſe apprenent de Jourdain que le ſort qui les attend eſt d’être dépouillés par des Escrocs, quand pour mieux resſembler aux grands Seigneurs, ils oſent en affecter tous les vices & les ridicules. » Ma foi, M. le Public, je vois bien que vous avez raiſon & je condamne M. de Genéve à mieux regarder à l’avenir ce qu’il verra, afin d’en porter un jugement plus ſolide & plus ſenſé. L’intention de Moliére n’eſt pas moins