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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/98

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bonne femme lui ayant demandé un jour ce qu’il comptait gagner par ses continuelles lectures, il répondit : Je veux m’instruire, et quand je serai grand, j’irai jusqu’au bout du monde prêcher les idolâtres. Il tint parole. Après son ordination, il exerça d’abord le saint ministère dans deux paroisses, en qualité de vicaire ; puis, ayant obtenu de son évêque la permission longtemps sollicitée de se consacrer à la vie apostolique, il entra au séminaire des Missions-Étrangères le 18 novembre 1831, pour y éprouver sa vocation. La pénurie de missionnaires fut cause qu’on abrégea pour lui le temps ordinaire de cette épreuve, et, dès le mois de mars 1832, il s’embarqua au Havre pour Macao. Le voyage fut heureux, et après une relâche de quelques semaines à Manille, il arriva en Chine, le 11 septembre de cette même année.

Destiné à la province du Su-tchuen, il se mit en route pour cette mission, et voyagea quelque temps en compagnie de Mgr Bruguière. La vue de ce courageux évêque, qui s’en allait, tout seul, au secours des pauvres chrétiens de Corée, toucha vivement son cœur. Il s’offrit à l’accompagner. M. Maubant n’était pas doué de ces qualités brillantes qui préviennent favorablement au premier abord ; il était sérieux et grave et avait même quelque chose d’un peu rude dans le caractère. Mais le bon évêque de Capse, considérant la piété, le zèle et le dévouement de son compagnon, l’accepta volontiers pour missionnaire de la Corée.

Nous avons vu, dans la relation du voyage de Mgr Bruguière, comment M. Maubant, après être demeuré quelques mois dans la petite chrétienté de Hing-hoa, au Fo-kien, s’était mis en route pour la Corée, avait traversé toute la Chine, et était entré à Péking, en plein jour, monté sur un âne. « Je ne puis revenir de mon étonnement, écrivait alors même l’évêque de Capse, quand je pense qu’un missionnaire européen, sans aucune connaissance de la langue, et presque sans guide, a traversé toute la Chine, allant tantôt à pied, tantôt monté sur un âne ou sur un chariot découvert, et est entré dans la ville impériale, sans avoir été reconnu. Il est peut-être le premier Européen qui soit entré à Péking, sans un diplôme impérial. » La stupeur de l’évêque, résidant à Péking, fut telle, qu’il mit M. Maubant au secret pendant deux mois : il le fit ensuite passer secrètement en Tartarie. Le missionnaire se retira à Sivang, où il eut bientôt le bonheur de voir arriver son cher évêque. Il demeura avec lui dans cette solitude, une année environ, occupant ses loisirs à