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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/91

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« Joseph va mieux, mais il n’est pas entièrement guéri ; son courage ne l’a point abandonné. Nous partons mercredi prochain, 7 du mois d’octobre. Nous avons acheté un petit chariot qui ressemble assez à une brouette ; il nous coûte sept francs, y compris l’attelage. On nous donne deux chevaux pour la somme de cent quarante francs, et un troisième pour rien : nous formons une petite caravane. Nos gens s’arment de toutes pièces ; nous devons marcher pendant deux cents et quelques lieues à travers les montagnes et des déserts remplis de voleurs et de bêtes féroces ; d’un jour à l’autre on nous annonce quelque nouvelle spoliation. Ordinairement ces voleurs ne tuent point, à moins qu’on ne fasse résistance ; ils se contentent de dévaliser les voyageurs, quelquefois ils leur enlèvent jusqu’à leurs habits. Or, dans la circonstance actuelle, une telle spoliation équivaut à un cruel assassinat ; car, quoique nous soyons encore dans le mois de septembre, il gèle néanmoins bien fort. Le pays que nous allons traverser est encore plus froid que Sivang. Après un mois de marche, nous entrons dans le Léao-tong ; dans cette province, la température est un peu plus douce, mais les habitants ne nous sont guère favorables. Je prévois d’avance qu’aucun chrétien ne voudra nous donner un asile, même en passant. Ils ont une peur terrible des Européens ; si nous ne pouvons pas vaincre leur opiniâtreté, il faudra, bon gré, mal gré, prendre logement chez les païens. Au commencement de la onzième lune, nous irons à l’extrême frontière, où se tiennent les foires ; alors nous serons nécessairement seuls parmi des milliers d’infidèles, et entourés de la gendarmerie chinoise qui se trouve là tout exprès pour faire rançonner les commerçants et examiner les étrangers. Si nous pouvons, nous construirons une petite baraque ; nous aurons l’air de faire le commerce, et nous attendrons avec résignation l’arrivée des Coréens. Quand ils seront venus, supposé encore qu’ils viennent, nous entrerons si le bon Dieu le veut. Notre situation est bien critique ; pour comble d’embarras, mes compagnons de voyage sont sans courage et sans capacité ; heureux encore d’avoir pu trouver trois hommes qui aient voulu courir les chances d’un pareil voyage. Du reste, je m’inquiète peu des suites de cette périlleuse entreprise, j’ai remis ma destinée entre les mains de Dieu, je me jette entre les bras de la divine Providence, et cours tête baissée à travers les dangers, jusqu’à ce que je sois arrivé au terme de ma course.

« P. S. — Bonne nouvelle ! il me vient de l’argent du Chang-si avec un excellent guide, qui consent à m’accompagner jusqu’aux