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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/88

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mandarin pour n’être pas tourmenté davantage. Ce ministre de l’enfer lui a répondu : « Non, tu apostasieras, et de plus tu me donneras cette somme. » Le saint confesseur a tenu ferme. Plusieurs ont pris la fuite, aimant mieux perdre leurs biens que de s’exposer à perdre la foi. Quelques-uns se sont réfugiés chez nous. Le mandarin duquel nous dépendons immédiatement a encore refusé de faire des informations contre les chrétiens : Dieu veuille le confirmer dans sa bonne résolution !

« Le 23, le catéchiste de Sivang, mû par un motif de compassion excessive, nous fit sortir de notre caverne et nous ramena à notre premier domicile. Nous étions passablement bien dans cette habitation souterraine. Ces cavernes ne ressemblent pas à celles que la nature a creusées dans les montagnes : ce sont des habitations préparées de main d’homme dans le flanc d’une colline ; on y trouve toutes les petites commodités qui sont dans les pauvres cabanes bâties en plein air ; il y a des familles entières qui passent leur vie dans ces obscures retraites. Cependant l’air y est humide et malsain ; comme il n’y a qu’une seule ouverture qui est souvent fermée, il circule difficilement. Le 26, une nouvelle alerte nous obligea de fuir une seconde fois ; nous allâmes chercher un asile dans une vieille baraque, sur une montagne. Le 3 juillet, un nouveau motif de compassion nous fit rappeler à Sivang : peu s’en fallut que nous ne fussions obligés de fuir pour la troisième fois.

« Le 7, un nouveau message nous fit prendre de nouvelles mesures de sûreté. Depuis ce temps jusqu’à ce jour, nous sommes entre la crainte et l’espérance. Le vice-roi est fort mal disposé ; il a répondu à la consultation du mandarin de l’arrondissement qu’il fallait continuer les recherches, ce qui signifie qu’il faut en venir à une persécution générale. Celui-ci a jusqu’à présent éludé cet ordre…

« Vers la fin de juin, j’envoyai un courrier pour aller chercher Joseph, dont je commençais à être fort en peine. Sur la route, cet homme rencontra un prêtre chinois qui lui fit rebrousser chemin pour nous annoncer la prochaine arrivée de M. Mouly, lazariste français. En effet, ce missionnaire parvint à Sivang le 12 de juillet. Il passa sans danger dans tous les lieux où la persécution était le plus violente : le bon Dieu le protégea d’une manière particulière. Chemin faisant, il alla loger chez un chrétien qui avait été visité, ainsi que bien d’autres, par le mandarin du district ; peu après son départ, le mandarin revint et fit conduire en prison tous les chrétiens qu’il trouva dans cette maison et ailleurs. Un