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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/71

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une autre ambassade, dans le courant de la douzième lune. Il était urgent de les prévenir avant qu’ils fussent circonvenus par quelques personnes peu disposées en notre faveur. Joseph seul pouvait traiter cette affaire avec succès, mais il était malade de froid et de fatigue. Le thermomètre se soutenait de 20 à 30 degrés au-dessous de zéro. Il n’hésita pas à se mettre en route par ce froid terrible auquel il n’était pas accoutumé. Je lui donnai des lettres de créance pour traiter en mon nom ; je l’établissais mon plénipotentiaire. « Je vous envoie, disais-je aux Coréens, maître Joseph Ouang, ne pouvant pas aller moi-même vers vous ; traitez avec lui comme vous traiteriez avec moi en personne. Vous le connaissez, il mérite votre confiance ; il est probable qu’il sera un jour votre missionnaire. Répondez clairement oui ou non à toutes les questions qu’il vous fera, déclarez franchement si vous voulez recevoir votre évêque, ou non. Je regarderai toute réponse équivoque ou conditionnelle, ou toute demande de temps pour délibérer encore, comme une réponse évasive et négative, et à l’instant même j’écrirai au Souverain Pontife que vous ne voulez pas recevoir l’évêque que Sa Sainteté vous envoie, et que vous avez demandé vous-mêmes. Lisez et relisez attentivement la longue lettre que je vous ai écrite ; et donnez votre réponse de suite, avec clarté et simplicité, sans circonlocutions et sans compliments. »

« Je donnai à Joseph une série de questions auxquelles les Coréens devaient répondre par écrit, pour éviter l’équivoque ou la méprise. Les Coréens prononcent mal le chinois, mais ils l’écrivent pour le moins aussi bien que les Chinois eux-mêmes. Je défendis à Joseph de parler d’autre missionnaire que de leur évêque. Cette précaution fut inutile : on leur avait déjà appris, dans le Léao-tong, qu’il y avait à Péking un autre prêtre européen, nommé Jacques, qui voulait aller chez eux ; c’était M. Chastan. Cette nouvelle leur fit plaisir.

« Le 19, Joseph eut sa première conférence avec les Coréens. Dès l’entrevue, il leur présenta ses lettres de créance ; puis il ajouta : « Me reconnaissez-vous pour le légitime représentant de Mgr de Capse, votre évêque ? — Oui. — Suis-je nanti de pouvoirs suffisants pour traiter définitivement avec vous ? — Oui. — Voulez-vous recevoir votre évêque, Mgr de Capse ? — Oui. » On en était là, lorsqu’un importun entre brusquement dans la salle des conférences, et, interrompant les interlocuteurs : « L’évêque de Capse, s’écria-t-il, ne peut point entrer