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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/65

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« Le 29 août, je reçus deux lettres de la part des Coréens. La première de ces lettres portait en substance : « Nous espérons que le bon Dieu, favorablement disposé par les prières de la sainte Vierge et des Saints, vous ouvrira les portes de la Corée. » Mais ils n’indiquaient aucun moyen pour réaliser leurs espérances. Dans la seconde, après un préambule qui exprimait avec toute l’emphase orientale leur admiration, leur joie, leur reconnaissance, ils me disaient, avec toutes les précautions oratoires et toute la politesse tartare, qu’il était très-difficile, c’est-à-dire impossible, de me recevoir, à moins que le roi ne voulût me permettre d’entrer publiquement. Ainsi, à leur avis, il fallait que le Souverain Pontife armât un navire à ses frais, qu’il envoyât un ambassadeur avec de riches présents au roi de Corée, pour obtenir de ce prince l’exercice public de la religion chrétienne. Si la première ambassade ne réussissait pas, le Pape devait en envoyer une autre avec de nouveaux présents, et successivement jusqu’à une parfaite réussite. Du reste, ils étaient disposés à suivre mes avis et ceux du P. Pacifique. Je regardai cette clause comme non avenue, comme une précaution et un détour adroit pour éviter le blâme d’un refus absolu. Quand on a vécu quelque temps avec les Orientaux, on sait apprécier de pareilles formules : l’urbanité asiatique ne permet jamais à un inférieur de donner une réponse négative à un supérieur ; c’est à celui-ci à découvrir une négation dans une proposition affirmative. Mais enfin les Coréens ont changé de sentiment ; l’apparition d’un navire anglais sur leurs côtes, et la terreur que ce navire a inspirée au gouvernement, les ont fait renoncer au projet d’ambassade.

« Le courrier qui m’apporta mes lettres m’apprit encore qu’aucun chrétien du Léao-tong ne voulait me recevoir : « Le P. Pacifique, dit-il, est entré ; neuf ou onze Coréens ont été emprisonnés pour la foi, parmi eux se trouvaient trois femmes ; tous ont généreusement confessé leur religion. « Nous vous prions, disaient-ils aux juges, de ne point user d’indulgence à notre égard, nous désirons mourir pour obtenir la palme du martyre. » Les

    pour lui de servir un prêtre. Je frissonne quand je vois un prince, un petit-fils de l’empereur servir à table un pauvre missionnaire tel que moi, qui assurément n’ai pas les mêmes titres de noblesse ; mais je le laisse faire pour ne point le priver du mérite d’une bonne œuvre. Je n’ai pas pu obtenir qu’il s’assît en ma présence. C’est ainsi qu’un homme qui aurait pu aspirer à l’un des premiers trônes de l’univers, s’il n’avait préféré l’humiliation de la croix au sceptre impérial, tient à honneur de servir de ses propres mains un pauvre prêtre : la foi lui fait découvrir Jésus-Christ dans la personne de ses ministres. »